VINGT-ET-UNIÈME LUEUR: De la sincérité

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VINGT-ET-UNIÈME LUEUR

 

De la sincérité

 

Cette Lueur était la quatrième des sept questions que comporte la dix-septième note de la « Dix-Septième Lueur ». Cependant, il est devenu, de par sa convenance à la dévotion, le second point de la « Vingtième Lueur ». Compte tenu de sa luminosité, il en est venu à être la « Vingt-et-Unième Lueur », et de la sorte intègre l’ensemble des « Lueurs ».

Il convient de lire cette Lueur au moins une fois tous les quinze jours.

 

 

 

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ


وَلاَ تَنَازَعُوا فَتَفْشَلوُا وَتَذْهَبَ رِيحُكُمْ[1]

وَقوُمُوا لله قَانِتِينَ[2]

قَدْ أَفْلَحَ مَنْ زَكَّاهَا  وَقَد خَابَ مَنْ دَسّاها[3]

وَلا تَشْتَروُا بِآيَاتِي ثَمَنَا قَليلا[4]


[1] « Et ne vous disputez pas, sinon vous fléchirez et perdrez votre force » (Sourate Le butin, verset 46)

[2] « Et tenez-vous debout devant Allah, avec humilité » (Sourate La vache, verset 238)

[3] « A réussi, certes, celui qui la purifie, et est perdu, certes, celui qui la corrompt » (Sourate Le soleil, versets 9 et 10)

[4] « Et n’échangez pas Mes révélations contre un vil prix » (Sourate La vache, verset 41)




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Frères dans la fraternité éternelle, compagnons dans le service coranique, sachez, et d’ailleurs vous le savez, que le fondement le plus important, la force la plus vive, l’intercesseur le plus digne de confiance, le point d’appui le plus solide, le chemin le plus court pour mener à la vérité, la prière morale la plus proche de l’exaucement, le moyen le plus noble de parvenir à ses fins, la qualité la plus sublime et la servitude la plus pure, dans ce bas monde, notamment en ce qui concerne les services dédiés à l'au-delà, est la sincérité.

Étant donné qu’il y a, dans la sincérité, une multitude de lumières et de forces, de l’ordre des caractéristiques mentionnées, étant donné qu’il nous incombe, de par la bienveillance divine, d’assumer une fonction axée sur la foi, un service coranique à la fois lourd, sublime, général et très sacré, alors que nous sommes très peu nombreux et très faibles, très pauvres en ce temps difficile face aux ahurissants ennemis, sous de fortes pressions, et au milieu d’innovations et d’hérésies multiformes qui se développent de toutes parts, il ne fait aucun doute que nous sommes obligés, et même chargés de faire preuve de sincérité; et cela, de toutes nos forces et plus que les autres, étant entendu que nous avons bien besoin de consolider, en nous-mêmes, le secret de la sincérité, sans quoi, nous perdrons assurément une partie de ce que nous avons acquis, à ce jour, et qui n’aura pas duré, en matière de services sacrés, outre le fait que nous ferons, à cet égard, l’objet d’une comptabilité sévère et que nous nous exposerons à l’injonction divine exprimée en ces termes : وَلا تَشْتَروُا بِآيَاتِي ثَمَنَا قَليلا[1]. En cessant d’être sincères, au détriment du bonheur éternel, pour satisfaire certaines impulsions futiles et des intérêts partiels, inutiles, nuisibles, attristants, arrogants, lourds et hypocrites, nous aurons empiété sur les droits de tous nos frères voués à ce service, porté atteinte à la sainteté du service coranique et manqué de respect au caractère sacré des réalités de la foi.


[1] « Et n’échangez pas Mes révélations contre un vil prix »

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Frères, les actes de bonté, importants et sublimes comportent plusieurs obstacles nuisibles. Les démons s'attaquent beaucoup ceux qui assurent ce service. Aussi, à l’égard de ces contre-interdictions et de ces démons, conviendrait-il de s’appuyer sur la force de la sincérité.

Alors, évitez tout ce qui porte atteinte à la sincérité, de la même manière que vous évitez les serpents et les scorpions. Ne faites pas confiance à l’âme incitatrice au mal ; n’y comptez pas, comme le dit notre maître Yusuf (psl) :

إِنَّ النَّفْسَ لأَمَّارَةٌ بِالسُّوءِ إلا مَا رَحِمَ رَبِّي[1]

Ne vous laissez pas berner par l’égoïsme et l’âme incitatrice au mal.

Pour acquérir et sauvegarder la sincérité, et repousser les obstacles à celle-ci, il convient que les principes suivants vous guident :

 

Premier Principe

Il s’agira de chercher à satisfaire Allah dans vos travaux, car s’Il est lui-même satisfait, l’insatisfaction du monde entier ne revêt aucune importance. S'Il accepte, Lui, le refus de tout le monde ne comporte aucun effet. S’Il veut, Lui, et que sa sagesse le requiert, après qu’Il ait été satisfait et accepté, Il fera en sorte que les gens acceptent et développent un sentiment de satisfaction, même si vous n’en faites pas la demande. Ainsi, convient-il de faire de la satisfaction d’Allah, Lui seul, en dehors de tout associé, l’objectif essentiel dudit service.


[1] « car l'âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde, ne la préserve du péché. » ( Sourate Youssouf, verset 53)



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Deuxième Principe

Il consiste à ne pas critiquer vos frères qui travaillent dans ce service coranique, à ne pas déclencher un sentiment d'envie, en versant dans le snobisme et la vanité, car aucune des mains de l’homme ne rivalise avec l’autre, aucun de ses yeux ne critique l’autre. Sa langue ne saurait s’opposer à ses oreilles, son cœur ne voir les défauts de son esprit. Tout au contraire, chacun de ces organes complète l'autre, cache ses lacunes, l’aide dans la satisfaction de ses besoins et l’assiste dans sa fonction. Si tel n’était pas le cas, le corps de l’homme serait sans vie, son âme s’échapperait et son corps se décomposerait.

Il en est de même des engrenages d'une usine dont les uns ne gênent pas – du fait d’une concurrence – le travail des autres, ne les devancent, ni ne les contrôlent, ne les poussent pas à la défaillance pour décourager leurs efforts en les soumettant à la critique, et en étant à l’affût de leurs manquements et de leurs erreurs. Au contraire, les uns aident les autres, usant de tous les moyens dont ils disposent, pour orienter leurs mouvements vers la destination souhaitée, leur permettant, avec appui et soutien réels, d’aller vers la réalisation du but pour lequel ils ont été créés. Ainsi, la moindre perturbation, même de la taille d’un atome, détruirait l’usine et la rendrait improductive, et le propriétaire de celle-ci la vouerait à la démolition.

Étudiants des Rassaïl An-Nour, serviteurs du Coran, nous sommes, vous et nous, les membres d’une personne morale qui mérite d’être appelée « l’homme complet » et qui, comme les engrenages d’usine, produit le bonheur éternel, dans une vie éternelle. Nous constituons aussi l’équipage d’un voilier divin qui navigue, avec la Oummah Muhammadienne, vers « Dâr Es-Salâm », la demeure de la paix qui est la plage de sécurité. Ainsi, il ne fait aucun doute que nous avons besoin, et sommes même obligés, de développer une synergie et une union réelles, comportant une accession à la sincérité qui procure une force morale de mille cent onze, 1111, résultant de quatre individus seulement.

Oui, si cette force consiste dans trois « Un » désunis, sa valeur sera de trois. Par contre, s’ils s’unissent conformément aux règles de la numération, elle acquiert la valeur de cent onze, 111.


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De même, lorsqu’elle est constituée de quatre chiffres quatre séparés, sa valeur est de seize. Lorsqu’elle coïncide et s’identifie, sur une même ligne avec le secret de la fraternité, de l’union des intentions et de la concordance des fonctions, alors, elle acquiert une force et une valeur de quatre mille quatre cent quarante-quatre « 4444 ». De même, il y a de très nombreux faits historiques attestant que la valeur et la force morales de seize frères sacrifiés dépassent, par le secret de la véritable sincérité, celles de quatre mille hommes.

Le secret de ce secret est que tout individu peut voir avec les yeux du reste de ses frères, entendre avec leurs oreilles, en une pure et réelle communion. C’est comme si chaque individu, parmi un groupe de dix réellement uni, avait autant de force morale et de valeur que tout le groupe réuni. C’est comme s’il regardait avec vingt yeux, pensait avec dix esprits, entendait avec vingt oreilles et travaillait avec vingt mains[1].


[1] Oui, le soutien mutuel et l’union pure relèvent du secret de la sincérité, de la même manière qu’ils sont à l’origine de très nombreux avantages. De même, ils servent de bouclier et de point d’appui contre les appréhensions et même contre la mort. En effet, la mort lorsqu’elle se présente, n’arrache qu’une seule âme. A partir du moment où celui qui est lié à ses frères, grâce au secret de la fraternité pure nouée pour plaire à Allah et investie dans les choses liées à l'au-delà, porte des âmes aussi nombreuses que ses frères, il subit, pour autant, la mort en riant et se réjouissant, disant : “Je ne meurs pas. Même si l'une de ces âmes s’en va, mes autres âmes restent. En effet, celles-ci perpétuent, pour moi, une vie symbolique qu’elles habillent, tout le temps, d'une récompense morale.” Il dit : “Je vis en termes de récompense par l’intermédiaire de ces âmes. Je ne saurais mourir qu'en termes de péchés.” Un tel homme reposera en paix dans sa tombe.

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Troisième Principe

Vous devez savoir que votre force, toute votre force réside dans la sincérité et la vérité. Oui, il ne fait pas de doute que la force réside dans la sincérité et la vérité, même la force des injustes, dans la mesure où ceux-ci acquièrent de la force, du fait de ce qu’ils manifestent comme sincérité à l’égard de leurs actes d’oppression et de leurs futilités.

Oui, la preuve établissant que la force réside dans la vérité et la sincérité est ce service que nous assurons. Peu s’en faut que la sincérité afférente à ce service confirme cette réalité et suffit pour s’en convaincre. En effet, ce que nous avons réalisé en plus de vingt ans en termes de service religieux et scientifique, dans ma région et à Istanbul, nous en avons fait ici[1], en sept ou huit ans avec vous, cent fois plus ; et pourtant, ceux qui m’aidaient, dans ma région et à Istanbul étaient cent, voire mille fois plus nombreux que ceux qui sont ici. Je ne doute absolument pas que la force morale qui a conduit au succès du service que j’ai effectué avec vous, en sept ou huit ans, - et qui est cent fois plus consistante que le service que nous avons assuré dans le passé – soit due à votre sincérité, vous, quoi que je sois ici, seul, dépaysé et semi-analphabète, sous le contrôle et le harcèlement d’agents injustes.

Je reconnais que vous m’avez, dans une certaine mesure, sauvé, grâce à la pureté de votre sincérité, de l'hypocrisie qui me caressait l’âme, sous le couvert de la gloire et de la renommée. S’il plaît à Allah, votre sincérité sera totale et vous m’y intègrerez.

Vous savez que Ali (qu’Allah soit satisfait de lui) vous bénit et vous apprécie par son prodige semblable à un miracle, tout autant que al-Ghawth al-A‘ẓam ['Abd al-Qādir al-Jīlānī] (qu’Allah sanctifie son secret) par son extraordinaire prodige qui appartient à l'Invisible, sur la base du secret de cette sincérité. Ils vous consolent de leur protection et applaudissent symboliquement les services que vous rendez.


[1] “ici” réfère à Isparta 

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Oui, il n’y a en vous aucun doute que leur bénédiction et leur estime découlent de votre sincérité. Si vous faites exprès de porter atteinte à cette sincérité, vous recevrez de leur part des gifles. Rappelez-vous des « Gifles de Compassion » contenues dans « La Dixième Lueur ». Si vous voulez que de tels héros moraux vous assistent, comme deux professeurs, soyez complètement dévoués, au nom du secret de la parole d’Allah en ces termes :[1] وَيُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ Préférez vos frères à vous-même, par rapport à ce qui capte l’âme tels que l’honneur, la position et l’attention des gens, et même les intérêts d’ordre matériel. Mieux, ayez comme préférence l’enseignement du plus aimable et du plus beau fait de croyance à tout croyant qui en a besoin. En réalité, il s’agit là d’un profit qui ne comporte ni reproche ni dommage. Néanmoins, vous devez vous réjouir qu'un de vos amis désintéressé dise ces vérités au lieu de vous pour que l’égoïsme ne s’empare pas de votre âme.

Si vous nourrissez le désir d’être récompensés, vous seuls, à l’exclusion des autres, et d’élucider, par vous-même, une question précieuse, sachez qu’il n'y a en cela ni péché ni dommage. Cependant, une telle démarche peut vous conduire à porter atteinte au secret de la sincérité, telle qu’elle devrait être entre vous.


[1] « et qui les préfèrent à eux-mêmes » (Sourate Al-Hashr, verset 9)



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Quatrième Principe

Il consiste à être fier - rendant grâce à Allah - de l’honneur de vos frères, considérant leurs avantages et leurs mérites comme les vôtres. Il y a des concepts que l’on utilise chez les soufis, tels que l'annihilation auprès du Cheikh (fanā fī al-Shaykh) et l’annihilation auprès du Messager (fanā fī al-Rasūl). Moi, je ne suis pas un soufi, mais cette conceptualisation de leur part serait un beau principe dans notre démarche où elle se présenterait sous la forme d’une « annihilation auprès des frères » (fanā fī al-ikhwān). Ceci s’appelle « tafānī » c'est-à-dire que chacun voue aux autres un amour impérissable, oublie ses émanations psychologiques et s’approprie, par la pensée, les avantages et les mérites de ses frères. En effet, le fondement de notre démarche est fondamentalement la fraternité, et non le rapport entre père et fils ou entre Cheikh et disciple. Il s’agit de véritables rapports de fraternité, à l’exception du rapport entre professeur et élève, dans la mesure où notre démarche est la fraternité et notre crédo l’amitié.

Quant à l’amitié, elle exige de toi la qualité d’un ami sincère, de compagnon prêt au sacrifice, de camarade bénissant et soutenant les travaux de son camarade, de frère galant et généreux. La quintessence de cette amitié est « la sincérité totale ». Quiconque porte atteinte à la dévotion intégrale, tombera du haut de la plus haute tour de l’amitié, et se précipitera peut-être dans un trou très profond où il ne saurait trouver un endroit où s’accrocher.

Oui, il semble que le chemin soit double. Ceux qui, à présent, quittent notre démarche-ci, qui est la grande avenue du Coran, iront probablement - et sans s’en rendre compte - appuyer la force de l'irréligion qui nous est hostile. Ceux qui intègrent le cercle sacré du miraculeux Coran, par l’intermédiaire des Rassaïl An-Nour, renforceront continuellement de lumière, de dévotion et de foi. Jamais ils ne tomberont dans un tel trou, s’il plaît à Allah.


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Compagnons dans le service du Coran, il est de ce qui procure et sauvegarde la sincérité, de manière effective, la « méditation sur la mort ».

Oui, tout comme « l’optimisme béat » nuit à la sincérité et conduit à l’hypocrisie et au monde, la « méditation sur la mort » conduit à la répulsion de ladite hypocrisie et à acquérir la sincérité, c'est-à-dire le fait que l’homme se débarrasse des machinations de son âme, pour envisager la réalité de sa mort et constater que ce bas monde périra.

Oui, les gens des confréries et de la vérité ont adopté la méditation sur la mort comme l’un des fondements de leur conduite, grâce à la leçon qu'ils ont tirée de versets du Saint Coran, tel que le suivant :

كُلُّ نَفْسٍ ذَائِقَةُ الْمَوْتِ[1]  إِنَّكَ مَيّتٌ وَإِنَّهُمْ مَيّتُون[2]

 Par cette méditation, ils ont mis fin à l’illusion de vivre éternellement, origine de l’optimisme béat.

 

Étant donné qu’ils se disent de manière imaginaire et hypothétique qu’ils sont morts et supposent qu'on les lave et les place dans la tombe, leur âme incitatrice au mal, affectée par une telle représentation, se départira, dans une certaine mesure, de son optimisme béat.

Une telle méditation comporte plusieurs avantages. Le noble Hadith ci-après nous édifie, dans ce sens, lorsqu’il déclare : “أكْثِروُا ذِكْرَ هَادِمِ اللّذَّاتِ” Ce qui signifie : « Abondez dans le rappel du destructeur des plaisirs (la mort). »


[1] « Toute âme goûtera à la mort » (Sourate Ali Imran, verset 185).

[2] « En vérité tu mourras et ils mourront eux aussi » (Sourate Az-Zoumar, verset 30).



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Puisque notre démarche n’est pas une voie soufie, mais de vérité, nous ne sommes pas tenus d'exercer cette méditation de manière hypothétique et fictive, à l’instar de ceux acquis aux sectes, outre le fait que cela ne cadre pas avec la démarche de vérité. La méditation véritable sur la mort ne consiste pas à attirer l’avenir dans le présent, de façon anticipative, mais d’aller prospectivement par la pensée - en termes de vérité et de manière de voir le futur en regardant - du présent au futur.

Oui, l'homme peut voir son enterrement, qui est le seul fruit que l’on trouve sur l'arbre de la vie courte, sans nul besoin fondamental de recourir à la fiction et aux hypothèses. De ce fait, il voit par lui-même sa mort, et en exerçant peu à peu sa réflexion sur des choses plus lointaines, voit même la mort de son époque.

En mettant en œuvre sa pensée, il voit aussi la mort de ce bas monde, et se fraie un chemin vers la sincérité la plus complète.

 

Le deuxième motif est que l’homme, par la force de la foi réelle et les aperçus découlant de la méditation sur les créatures - contemplation génératrice de la connaissance du Créateur - arrive à acquérir, en quelque sorte, la présence de contrôle effectué par Allah et, ce faisant, penser au fait que le Clément Créateur est présent et nous surveille, et que, par conséquent, il ne convient pas de s’orienter vers autre que Lui, le Très Haut, sachant que le fait de s’orienter vers autre que lui et d’en attendre des profits, en sa présence, est contraire à l'éthique de cette présence, et ceci le sauve de l’hypocrisie et lui procure la sincérité.


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Dans tous les cas, il y a, en cela, plusieurs grades et plusieurs rangs. Le bénéfice de tout homme réside dans ce qu’il tire de la réalité de sa réussite. Nous nous en tenons à cela, renvoyant le lecteur à ce qui a été rappelé dans les Rassaïl An-Nour, comme vérités multiformes débarrassant l’homme de la pratique de l’hypocrisie et lui procurant la sincérité.

 

Nous exposerons, en bref, deux ou trois motifs choisis parmi d’autres extrêmement nombreux qui portent atteinte à la sincérité et mènent à la pratique de l’hypocrisie.

 

Premier obstacle au dévouement

La concurrence découlant des avantages d’ordre matériel porte préjudice à la sincérité, de manière progressive, et aussi aux résultats des activités de prédication, faisant aussi rater ces avantages d’ordre matériel.

Oui, cette Oummah a toujours vénéré les travailleurs pour la vérité et l’au-delà, les a assistés et porté à leur égard ce sentiment et cette prise de conscience, les a honorés et aidés par des avantages d’ordre matériel, tels les aumônes et les cadeaux, de manière à ce qu’ils ne perdent pas leur temps à chercher à satisfaire leurs besoins matériels ; et cela, effectivement, avec l’intention de partager, dans un sens, leur dévotion réelle et la sincérité de leurs services.

Cependant, ces avantages, ces aides et ces secours ne sont pas sollicités, mais donnés, octroyés gracieusement. Ils ne sont pas sollicités, même par le langage d’état, comme si quelqu’un les souhaitait dans son cœur et restait en situation d’attente de ceux-ci.


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Toutefois, ils ne sont donnés à l’individu que de manière fortuite. Si tel n’était pas le cas, celui-ci manquerait de sincérité, et s’approcherait de l’interdiction contenue dans le verset suivant : [1]وَلاَ تَشْتَرُوا بِآيَاتِي ثَمَنًا قَلِيلا. Alors, il réduirait à néant certaines de ses œuvres. Le désir de ces avantages matériels et le fait de les attendre et de les convoiter donnent à l’homme un esprit de compétition avec son véritable frère et avec son ami au regard de ce service spécifique ; et cela, afin que son âme incitatrice au mal, par égoïsme, ne laisse pas ces avantages revenir à autrui. Dans ce cas, il manque de sincérité, ses activités de prédication perdent leur sacralité et son image au regard des gens de la vérité se ternit, outre le fait qu’il perdra également ce bénéfice matériel. En tout état de cause, « cette pâte nécessite beaucoup d'eau[2] ». Pour cette raison, je me résume ici, et ne mentionne que deux exemples qui vont fortifier le secret de la sincérité et de l'union sincère entre mes vrais frères.

 

Premier exemple :

Les gens de ce monde, dont certains politiciens, des personnalités et des associations qui jouent un rôle important dans la vie sociale, ont adopté le principe de la mise en commun des biens, comme guide destiné à leur faire obtenir des richesses immenses et une force massive, de manière à acquérir une force et des avantages énormes, malgré tous les dommages et toutes les mauvaises utilisations qui s’y attachent. En dépit de ce que le principe de la mise en commun des biens comporte comme préjudices multiformes, on ne cesse d’être détenteur de biens par le partage. Chacun, en termes du contrôle exercé sur les biens, est considéré, dans un sens, comme propriétaire de tous les biens, mais il ne peut en jouir pleinement.


[1] « Et n’échangez pas Mes révélations contre un vil prix » (Sourate Al-Baqara, verset 41)

[2] Proverbe turc signifiant : l’affaire prend beaucoup de temps.



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En tout état de cause, si ce principe de mise en commun des biens faisait son entrée dans les œuvres dédiées à l’au-delà, il deviendrait une source d’avantages énormes sans être entaché par aucun préjudice, parce que la marque des biens, dans leur totalité, en ferait la possession de tout individu qui y aurait été partie prenante.

De même, s’il y avait quatre ou cinq personnes ayant l’intention de souscrire à la mise en commun des biens, la première apportant de l’huile, la deuxième une mèche, la troisième une lampe, la quatrième un verre, et la dernière des allumettes et que, sur cette base, on allumait la lampe, chacune des cinq personnes possèderait une lampe entière. Si chacun des participants avait un grand miroir plaqué au mur, la lampe entière se projetterait dans la chambre et serait réfléchie par son miroir, sans diminution, ni fragmentation.

Tout comme dans cet exemple, le fait de mettre en commun, au nom du secret de la sincérité, pour ce qui est des œuvres dédiées à l’au-delà, d’y agir en synergie, au nom du secret de la fraternité et d’y conjuguer les efforts au nom du sens de l'union, fait entrer tous les acquis et toute la lumière résultant du partage de toutes les œuvres, dans le livre des œuvres réalisées par chacun des acteurs de la dite communauté. Une telle chose, réelle, est observable chez les gens de la vérité en tant que faisant partie des exigences de la miséricorde divine et de la générosité d’Allah.

Frères, les avantages d’ordre matériel ne vous conduiront jamais à la concurrence, In chā, Allāh. Cependant, vous pouvez vous tromper, pour ce qui est des avantages concernant l’au-delà, comme cela a été le cas dans certaines sectes. Mais que représente la récompense personnelle et partielle devant la récompense et la lumière résultant du partage des œuvres, comme le montre l’exemple cité ci-dessus ?


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Deuxième exemple :

Les gens des arts et de l'industrie, afin d'obtenir beaucoup de résultats techniques, accèdent à une énorme richesse, en termes de partenariat de la fabrique et de l’art. Ainsi, il y avait dix hommes qui fabriquaient des aiguilles destinées à la couture, chacun essayant de fabriquer ses propres aiguilles. Le résultat d’un tel travail individuel, c’est-à-dire le produit de cette fabrique individualisée n’était que de trois aiguilles par jour.

Ensuite, ces dix hommes mirent en pratique le principe de la conjugaison des efforts. Alors, l'un d'entre eux apporta du fer, un autre alluma le feu, un troisième perfora l’aiguille, un quatrième mit celle-ci au feu, un cinquième l’aiguisa, etc.

Du fait que chacun d'entre eux s’occupait d’un travail partiel dans la fabrication de l’aiguille, que le travail effectué par chacun était facile, simple et vite fait et que chaque participant en avait tiré une habileté, ils ne tardèrent pas à achever leur travail. Par la suite, ils se partagèrent le prix de cette fabrique qu’ils avaient menée à son terme, grâce à la conjugaison des efforts et à la répartition des tâches. Ils constatèrent que chacun d’entre eux avait, par jour, une part égale au prix de 300 aiguilles, au lieu de trois aiguilles. Une telle pratique devint même un exemple cité par les artisans de par le monde, en vue d’exhorter à la synergie des efforts.

Frères, étant donné que les résultats de l'union et l'entente sur les choses de ce monde et les matières compactes offrent de gros avantages comme ceux-ci, vous pouvez mesurer à quel point il serait bénéfique - en termes de lumière - que toute la récompense dans l’au-delà, acquise par la grâce d’Allah, sans nul besoin de fragmentation et de division, se projette sur le miroir de chaque individu et que chacun s’approprie ce que tout le monde a acquis. Il ne faut pas rater un tel gros profit à cause de la concurrence et de l'envie, à cause d’un manque de dévotion.


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Deuxième obstacle au dévouement

Il s’agit là d’attirer l'attention des gens sous le couvert de la fierté et de la gloire, en étant motivé par l'amour de la célébrité qui résulte de celui de la renommée, ainsi que stimuler de l’égoïsme, par le fait de capter l'attention des gens, de les motiver à venir chez soi, de donner à son âme incitatrice au mal de l’importance et de la prestance. Voilà, à n’en pas douter, une maladie spirituelle incurable ouvrant la voie vers l'hypocrisie qui n’est rien d’autre qu’un associationnisme caché, mais aussi vers l’outrecuidance et la louange de soi, une maladie qui perturbe et annihile la sincérité.

Frères, étant donné que notre démarche pour servir le Saint Coran se fonde sur la vérité et la fraternité, et que le secret de la fraternité consiste dans le fait de mettre sa personnalité en synergie avec celles de ses frères[1] que, du reste, on préfère à soi-même, l'envie et la concurrence, résultant de ce genre d'amour de la renommée, ne devraient, en aucun cas, avoir un effet sur nous, dans la mesure où elles restent totalement contraires à notre démarche.

Etant donné que l’honneur que les frères capitalisent peut revenir à chacun des membres du groupe, j’ai l'espoir que le sacrifice de cette gloire et de ce grand mérite moral, pour une gloire et une renommée partielles et personnelles, truffées d’égoïsme, d’envie et d’esprit de concurrence, est totalement hors de la portée des étudiants des Rassaïl An-Nour.

Oui, le cœur des étudiants des Rassaïl An-Nour, ainsi que leur esprit et leur âme, abhorrent le fait de tomber dans ces choses sordides, nuisibles et basses. Cependant, chaque personne a une âme incitatrice au mal, et il se peut que les impulsions psychologiques affectent la sensibilité, et, dans une certaine mesure, dictent leurs lois, au cœur, à l'esprit et à l’âme.

[1]Oui, l'heureux est celui qui jette sa personnalité et son égoïsme, qui sont comme un morceau de glace, dans un bassin, et les y dissout au point que ce grand bassin obtienne la douceur filtrant de la source coranique “Al Kawthar” (Auteur).




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Oui, si notre démarche était comme celle des Cheikhs, il y aurait un statut unique ou un nombre limité de statuts. Il y aurait des dispositions multiples qu’on se mettrait à convoiter. Alors, il serait possible de susciter dans les âmes de l’égoïsme mêlé d’envie. Toutefois, notre démarche est celle de la fraternité. Aussi, n’est-il pas possible à quelqu’un d’être le père de son frère. De même, il lui est impossible de se prendre pour un guide, dans la mesure où les statuts en matière de fraternité sont tellement vastes qu’ils ne sauraient faire l'objet de concurrence en matière d’envie. Tout ce qu’il y a c’est qu’un des frères en assiste un autre en complétant et en soutenant ses services de prédication.

La preuve qu’il existe dans les démarches assorties de paternalisme et de leadership des résultats nuisibles et très dangereux, en termes de quête de récompense et d’élan accompagnée d’envie, réside dans ces conséquences désastreuses découlant de divergences et de concurrences qui ont lieu dans le cadre des perfections et des avantages importants et illustres que se réservent les dirigeants de sectes, à tel point que les éminentes forces sacrées que possèdent ces derniers restent incapables de résister aux courants de l’innovationnisme.

Troisième obstacle au dévouement

Il s’agit là de peur et de cupidité. Cet obstacle a été clairement explicité dans l'épître des « Six Attaques », assorti d’un certain nombre d’autres obstacles, ainsi, nous y renvoyons.

Nous demandons à Allah, le plus Clément des cléments, par l’intercession de tous ses beaux noms, de nous accorder du succès afin d’acquérir une sincérité totale. Āmīn.

اللهم بحق سورة الإخلاص اجعلنا من عبادك المخلصين المخلصين.[1]آمين آمين آمين

سبحانك لا علم لنا إلا ماعلمتنا إنك أنت العليم الحكيم[2]

Said Nursi


[1] Seigneur, par la véracité de la sourate « Al- Ikhlas », compte nous parmi tes serviteurs sincères. Āmīn. Āmīn. Āmīn.

[2] « Gloire à toi Seigneur ! Nous ne connaissons que ce que Tu nous as appris. Certes, Tu es l’Omniscient, le Sage. » (Sourate Al-Baqara, verset 32)