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VINGT-TROISIÈME LUEUR
Epître de la nature
Du fait de sa grande importance, elle est devenue « la vingt-troisième lueur » après avoir été la « seizième note » de la « dix-septième lueur ».
Elle tue, à jamais, la pensée athée découlant de la nature, brise la pierre fondatrice de l’infidélité, et en disperse les semences.
Notification : Dans cette note, il s’agit de montrer à quel point le chemin parcouru par les négateurs parmi les naturalistes est loin de la raison, de montrer aussi la laideur et le caractère mythique de ce chemin, à travers neuf questions englobant au moins quatre-vingt-dix absurdités.
Il a été omis ici quelques-unes des pistes par souci d’abréviation, car, dans une certaine mesure, lesdits domaines ont été clarifiés dans d'autres épîtres. Pour cette raison, il vient soudain à l'esprit comment ces intelligents philosophes ont accepté un mythe aussi évident et comment ils ont dû emprunter le chemin y menant.
Oui, ils n'ont pas compris la réalité de leur chemin, or il s’agit d’élucider ici la réalité d’un tel chemin et ce qu’il implique.
Je suis entièrement prêt à prouver que l'essence de leur doctrine laide, détestable et déraisonnable et totalement absurde, fait partie des exigences de leur démarche et de sa condition nécessaire, et cela à l’aide de preuves claires, concluantes et détaillées pour ceux qui ont des soupçons[1].
[1]La raison de la composition de cette épître est l’attaque menée contre le Saint Coran, d’une manière extrêmement outrancière et vilaine ayant mené les ennemis à falsifier les réalités de la foi, en appelant « mythe » tout ce que leurs stupides esprits n’arrivaient pas à appréhender, attribuant l’infidélité et l’athéisme à la nature, pour ce qui est de ladite attaque, elle a suscité dans le cœur une colère si acerbe, me faisant assaillir ces athées de coups puissants et violents, ainsi que les détenteurs de fausses doctrines hostiles à la vérité. Et pourtant, force est d’admettre que les Rassaïl An-Nour constituent une parole douce, pétrie de tolérance et de bonté (l’auteur)
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بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ
[1] قَالَتْ رُسُلُهُمْ أَفِي اللهِ شَكٌّ فَاطِرِ السَّمَوَاتِ وَالأَرْض
Ce verset montre que l'existence d’Allah et de Son unicité est sans équivoque et se ramène à l’évidence, et cela conformément à la question rhétorique : « Y a-t-il un doute au sujet d’Allah ? Il ne faut pas douter. »
Notification avant de clarifier ce secret.
Je suis allé à Ankara, il y a de cela douze ans, en l’an 1338 de l’hégire (1922), et constaté que l'idée d'une hérésie terrible cherchait à se faufiler, avec ruse et intrigue, dans les idées déjà fortes des gens de la foi, afin de les corrompre et de les empoisonner, des gens qui se réjouissaient de la supériorité de l'armée de l'islam sur celle de la Grèce. Alors, j’ai gémi et dit : « Cette vipère va s’attaquer aux piliers de la foi ».
J'ai alors écrit dans une de mes épîtres en arabe, puisée du Saint Coran, une forte preuve capable de décapiter et de détruire cette hérésie, dans la mesure où ce saint verset fait comprendre l'existence et l'unicité d’Allah, de manière évidente. Cette épître, je l’ai imprimée à l’imprimerie Yeni Gün d’Ankara.
Cependant, ceux qui connaissaient l'arabe ou qui s'en préoccupaient - c'est-à-dire de l’épître - étaient peu nombreux. L’épître était très brève et ramassée, de sorte que la preuve, quoique forte, ne pût malheureusement avoir un impact tangible, en conséquence de quoi, la pensée infidèle et athée continua de se propager, devenant même plus forte.
[1] « Leurs messagers dirent : “Y-a-t-il un doute au sujet d’Allah, Créateur des cieux et de la terre ?” » (Sourate Ibrahim, verset 10)
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J'ai dû, dans une certaine mesure, expliquer cette preuve en langue turque. Étant donné que certaines sections de cette preuve ont été suffisamment clarifiées dans certaines des épîtres, elles seront écrites ici sous une forme résumée. Les multiples preuves transmises dans d'autres épîtres vont se combiner, dans une certaine mesure, avec cette preuve.
Chacune d'entre elles recevra le traitement d’une des parties de cette épître.
Introduction
Ô homme ! Sache avec certitude qu'il y a des paroles terribles qui sortent de la bouche des gens, avec un relent d'infidélité et d'athéisme, et inconsciemment utilisées par les gens de la foi. Nous identifierons trois des plus importantes d’entre elles :
Premièrement : أَوْجَدَتْهُ الأَسْبَابُ [création attribuée à des causes] c'est-à-dire que les causes font naître les choses.
Deuxièmement : تَشَكَّلَ بِنَفْسِهِ [auto-création] c'est-à-dire que la chose existe ex-nihilo, naît et se forme spontanément.
Troisièmement : اقْتَضَتْهُ الطَّبِيعَةُ [création attribuée à la nature] c’est-à-dire que la chose est naturelle, et que c’est la nature qui l'exige et la fait exister.
Oui, puisque les créatures existent et ne peuvent être niées, que chaque créature existe dans une créativité et une sagesse extrêmes, qu’elle n'est pas sempiternelle et qu’elle a un début, alors, toi l’athée, soit tu dis que cette créature qui existe, et qui peut être un animal, par exemple, résulte de certaines causes, c’est-à-dire que son existence est due à la réunion de certaines causes du monde, soit qu’elle s’est auto-créée, soit qu’elle existe conformément aux exigences de la nature et du fait de son influence, soit qu’elle existe grâce à la capacité d’un Puissant Détenteur de Majesté.
Etant donné qu'il n'y a, pour la raison, aucune autre façon d’exister en dehors de ces quatre, si l’on affirme de manière péremptoire que les trois premières façons sont impossibles, absurdes et déraisonnable, alors, nécessairement, de manière évidente et sans l’ombre d’aucun doute, on affirme la quatrième façon, à savoir l’unicité.
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Première Façon
Pour ce qui est de la première façon, il s’agit de la constitution des choses et de l'existence des créatures grâce à la réunion de causes au monde. Je ne mentionnerai, ici, que trois absurdités parmi tant d’autres.
Première Absurdité : Il y a dans n’importe quelle pharmacie des centaines de flacons remplis de différents types de produits. Une demande de préparation d’une pâte active à partir des médicaments rend nécessaire que soit composé sur cette base un antidote vital.
Alors, nous sommes entrés dans la pharmacie, où nous avons aussitôt vu un grand nombre d’emballages contenant cette pâte vitale et cet antidote vital. Nous avons promené nos regards sur chacun des emballages de cette pâte vitale, et constaté que les produits chimiques ont été prélevés, avec un équilibre spécial et en différentes quantités, de tous ces flacons : une once ou deux de celui-ci, trois onces ou quatre de celui-là, six onces ou sept d’un tout autre, ainsi de suite. Si l’on prélevait de ces produits l’équivalent d’une once de moins ou de plus, la pâte perdrait sa vertu et ne serait pas vitale. Ensuite, nous avons examiné cet antidote vital et constaté qu'il a été constitué avec un équilibre spécifique d’un produit de chaque flacon, de sorte que si l’on prenait plus ou moins, fût-ce l'équivalent d’un atome, l'antidote perdrait sa vertu ; nous avons aussi constaté que ces produits étaient constitués de différentes quantités prélevées de toutes ces bouteilles dont le nombre dépassait cinquante bouteilles.
Y a-t-il quelque possibilité que ce soit, quelque probabilité que ce soit pour que ces produits prélevés en différentes quantités de ces flacons et de ces bouteilles, avec la norme quantitative requise, ni plus, ni moins, s’échappent en raison de la fluctuation des bouteilles, au gré d’une coïncidence étrange ou sous l’effet d’une tempête de vent, ou pour toutes ces raisons, concourant à la constitution de ladite pâte ?
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Y-a-t-il quelque chose de plus mythique et de plus absurde que cela ? Si l'âne était devenu double, puis se transformait en homme, il s'échapperait, en disant : « Moi, je n'accepte pas une telle pensée ! »
Comme le montre cet exemple, tout être vivant est, nécessairement, une pâte vitale, et toute plante reste semblable à un antidote actif, puisqu’elle est non seulement constituée de produits chimiques extrêmement variés et de produits très divers, mais aussi de produits prélevés en quantités extrêmement sensibles. En effet, si l’on s’appuyait sur les causes et les éléments de la matière, pour dire que ce sont les causes déterminantes qui ont créé la pâte, ce serait absolument loin de la raison, impensable et totalement absurde, comme l’est le fait de prétendre que la pâte qui se trouve à la pharmacie, provient d’une simple fluctuation des flacons.
Conclusion : Les produits vitaux prélevés avec l'équilibre nécessaire par la prédestination et sa réalisation (al-qaḍā’ wa al-qadar) entre les mains du Sage éternel, dans la grande pharmacie du monde, ne peuvent exister qu’à la faveur d’une sagesse sans borne et d’une science illimitée, d’une volonté qui englobe tout.
Le malheureux qui prétend que ces produits résultent de l’œuvre, de la création de la nature et du déterminisme aveugle et sourd des choses qui est aussi fluide qu’un torrent et, se révèle être plus insensé que quelqu’un qui délire comme un fou, que le pire des ivrognes selon qui cet étrange antidote s’est constitué de lui-même, à partir de la fluctuation des bouteilles et des flacons.
Oui, l'infidélité est un délire de stupidité, d’ivresse et de folie.
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Deuxième Absurdité : Si l’on ne ramène pas tout au Tout-Puissant plein de majesté qui est Un et Unique, mais plutôt à la causalité matérielle, alors les innombrables causes et éléments du monde doivent intervenir dans l’organisme de chacun des êtres vivants. Bien que la réunion de causes différentes et contradictoires dans l’organisme d’une créature aussi petite que la mouche, avec une organisation parfaite et un équilibre extrêmement sensible et une cohérence totale, soit si impensable, quiconque aurait, en termes de sens et de conscience, une partie aussi infime qu’une aile de mouche, se mettrait à dire : « Non, ceci est impossible ! »
Oui, l’organisme de la mouche, qui est très petit, est non seulement en relation avec la plupart des éléments et des causes de l’univers, mais aussi en constitue la synthèse. Si ce qui existe n’est pas attribué au pouvoir éternel, il convient que ces causes matérielles soient elles-mêmes présentes dans le corps de la mouche. De plus, il convient que ces causes entrent non seulement dans son très petit organisme, mais aussi dans chacune des cellules de son œil qui constitue le prototype de son corps. En effet, les causes, lorsqu’elles sont d’ordre matériel, doivent être présentes chez celui qui en subit l’effet.
Par conséquent, il faut accepter l'existence des piliers du monde, des éléments, et de la nature, de façon matérielle, dans cette petite cellule qui n’est pas aussi large que les doigts de deux mouches, qui sont comme une aiguille, et dans lesquelles ils travaillent en qualité de maçon.
Ainsi, même le plus sot des sots parmi les sophistes aurait honte de s’installer dans cette perspective.
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Troisième Absurdité : Lorsqu'il y a un seul être existant, il ne fait aucun doute qu'il est issu d'une unité, et d’une seule main, comme le pose la règle selon laquelle اَلْوَحٍدُ لاَ يَصْدُرُ اِلاَّ عَنْ اَلْوَحِدِ « l’unité ne peut provenir que de l’unité », surtout lorsque cet être est détenteur d’une organisation parfaite, d’un équilibre sensible, et d’une vie intégrale.
Le fait d’attribuer cet être beau, équilibré et performant aux mains anarchistes des causes naturelles à la fois désordonnées, illimitées, statiques, inexpertes, extravagantes, dépourvues de conscience et d’entendement, sourdes et muettes, en proie à l’anarchie et au hasard, bien qu’augmentent la cécité et la surdité de ces causes du fait de leur association et de leur mélange dans des possibilités sans fin, est aussi loin de la raison que lorsqu’il s’agit d’accepter cent absurdités à la fois, quoique, de toute évidence l’être en question s’aperçoit qu’il ne résulte pas de plusieurs mains considérées comme le motif de la divergence et de l’anarchie, mais plutôt d’une seule main extrêmement capable et sage.
Indépendamment de cette absurdité, il ne fait aucun doute que l'impact des causes matérielles ne s’exerce que tangiblement et de manière directe, bien que le contact avec ces causes naturelles se fasse par le biais des phénomènes découlant des créatures dotées de vie, alors que nous voyons que l’intérieur des êtres vivants qui n'atteignent, ni ne touchent les causes matérielles est dix fois plus performant, créatif, doux et artistique que leur extérieur.
Il n'est pas possible d'attribuer de très petits êtres vivants et de petits animaux - qui de quelque manière que ce soit, ne cadrent pas avec les causes matérielles et les instruments qui en dépendent, et qui ne peuvent même pas en toucher l’extérieur - aux causes sourdes, muettes, rigides, ignorantes, grossières, distantes les unes des autres et contradictoires, bien qu'ils soient les plus admirables des plus grandes créatures en matière de fabrication, et les plus beaux d’entre elles en fait de création, sauf si on les attribue à ces causes matérielles du fait d’une cécité et surdité sans bornes.
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Deuxième façon
تَشَكَّلَ بِنَفْسِهِ ”les créatures s’auto constituent", c'est-à-dire que les créatures existent spontanément. Cette perspective comporte également plusieurs absurdités. Elle est absurde et impensable sous plusieurs aspects dont nous citerons trois à titre d’exemple.
Première Absurdité : Ô toi le négateur et le têtu ! Ton égoïsme t’a rendu stupide au point de t’amener à accepter cent absurdités à la fois. En effet, tu existes. Tu n’es pas une matière simple. Tu n’es pas statique, sans changements. Au lieu de cela, tu es une machine très ordonnée au plus haut niveau de la perfection, dans un continuel renouvellement, comme le palais merveilleux, dans une perpétuelle transformation. Tout le temps, des atomes travaillent dans ton corps qui est en relation avec les êtres, en particulier en termes de moyens de subsistance, et surtout, en termes de survie de l’espèce. Ils reçoivent, donnent et échangent avec les êtres. Les atomes qui travaillent dans ton corps fonctionnent avec précision et sensibilité, afin de ne pas gêner ces relations, de ne pas gâcher ces occasions. Ils entreprennent toutes leurs démarches avec précaution et prudence, comme s’ils regardaient et se dirigeaient vers tous les êtres et voyaient tes relations et tes événements. Ensuite, ils adoptent une attitude à tes convenances, et tu profites de tes sens externes et internes, suivant les merveilleuses conditions de ces atomes.
Si tu n’acceptes pas que les atomes de ton corps soient de petits employés subalternes d’Allah le Tout-Puissant, travaillant en fonction de ses lois, qu’ils constituent une armée ou les becs de la plume du destin, c’est-à-dire que chaque atome est comme un bec de plume, ou constitue la pointe de la plume de la Capacité, que chaque atome étant ainsi une pointe, il convient que chaque atome travaillant dans ton corps aie un œil capable de voir toutes les parties de ton corps, outre le fait qu’il peut voir tous les êtres qui lui sont associés.
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Il convient aussi de lui donner un esprit qui ait la force de cent esprits surdoués et capable de connaître tout ton passé et tout ton avenir, ta progéniture et tes origines, les sources de tes composantes et l’origine de tes moyens de subsistance.
L'attribution d’une science et d’une conscience équivalentes à celles de mille Platon à l’un des atomes de quelqu’un qui n’a pas un grain d'atome d'esprit, comme toi, par rapport à de telles questions, est un mythe et une folie sans fin.
Deuxième Absurdité : Ton corps ressemble à un merveilleux palais doté de mille dômes. Dans chaque dôme les pierres sont placées en cohérence et de surcroît suspendues, sans pilier. Sache que ton corps est mille fois plus stupéfiant que ce palais, car le palais de ton corps est constamment renouvelé et d’une parfaite organisation. Ainsi, chacun des membres de ton corps, indépendamment de l'âme, du cœur et des subtilités symboliques dont chacune est belle et surnaturelle, est comme une maison ayant un dôme. En effet, les atomes s'alignent les uns les autres dans un équilibre et une cohérence parfaits, de la même manière que s’alignent les pierres de ce dôme qui font apparaître un bâtiment miraculeux, un art merveilleux, d’étonnants miracles de capacité, comme l'œil et la langue.
Si ces atomes ne sont pas subordonnés aux ordres du constructeur et créateur de ce monde, à savoir Allah, chacun d’entre eux doit, alors, avoir un contrôle absolu sur tous les autres atomes du corps, tout en étant régi par eux, de manière absolue, tout en étant semblable et contraire à chacun d’eux, en termes de contrôle, tout en étant la source de la plupart des attributs d’Allah, propres au seul «Al-wâjib al-woujoud » (Celui dont l’existence est indispensable). Ces atomes devraient être dans un état simultané de restriction absolue et de non-restriction. Malgré tout, l'attribution d’un beau et qualitatif produit fabriqué qui ne peut exister que grâce à l’action de quelqu’un d’unique, conformément à la règle de l’unité, à une infinité d’atomes, est un acte absurde, cent fois absurde, et quiconque détient un atome d'esprit, s’en aperçoit immédiatement.
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Troisième Absurdité : Si ton corps n'a pas été écrit (créé) par la plume de l'Éternel Tout-Puissant qui est Un et Unique, mais fondé sur la nature et les causes matérielles et imprimé, alors, chacune de ses cellules devrait non seulement comporter les moules de la nature, mais aussi être au nombre des milliers de composantes qui s’y trouvent, comme des cercles intersectés.
En effet, ce livre que tu as entre les mains, s’il a été, par exemple, reproduit par quelqu’un, alors, une seule plume a dû écrire ce qu’il contient, se fondant, en cela, sur le savoir de son écrivain. S’il n’a été ni reproduit, ni fondé sur le savoir d’un écrivain, et qu’on croit qu’il s’est constitué de lui-même, ou reste imputable à la nature, il convient alors que chacune de ses lettres aie une plume de fer, comme c’est le cas d’un livre imprimé, de manière à être imprimé. En effet, les presses ont des lettres de fer correspondant au nombre de toutes les lettres, et c’est de cette façon que naissent les lettres dont se compose le livre. En d’autres termes, il convient que les plumes correspondent au nombre des lettres, au lieu de l’utilisation d’une seule plume. Mieux, il convient qu’à une seule et même lettre correspondent des milliers de plumes. Si une page est écrite en grands caractères avec une plume fine, comme c’est souvent le cas, ou mieux, si ces lettres s’enchevêtrent dans des situations régulières et coordonnées constituant un corps comme le tien, alors il est nécessaire que chaque partie et chaque cercle comporte des moules au nombre de ces composantes.
Suppose que tu dises que cette situation qui comporte cent absurdités, est possible ! Si de même, la fabrication de ces lettres de fer performantes et de tels jolis moules et plumes n’est pas fondée sur l’utilisation d’une seule plume, il convient pour la fabrication de ces plumes, de ces moules et de ces lettres en fer l’utilisation de plumes, de moules et de lettres en leur nombre, car ces choses sont également "fabriquées" au véritable sens du terme, étant entendu qu’elles sont dotées de beauté et de performances. C’est ainsi que se présente la séquence, à mesure qu’elle se poursuit.
Comprends, toi aussi, qu’il s’agit là d’une pensée dont les absurdités et les mythes sont aussi nombreux que les atomes de ton corps.
Ô toi l’obstiné ! Aie honte, toi aussi et départis-toi de cette hérésie !
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Troisième Parole
اقْتَضَتْهُ الطَّبِيعَةُ "être requis par la nature". En d’autres termes, c’est la nature qui, nécessitant son existence, le crée. Une telle perspective comporte plusieurs absurdités dont nous allons en citer trois, à titre d’exemple.
Première Absurdité: Si la fabrication et la création appelées perspicacité et sagesse observables chez la plupart des créatures, en particulier chez les êtres vivants, ne sont pas imputées à la plume du destin et de la capacité du Soleil éternel, mais à la nature et aux forces sourdes, muettes et inconscientes, il incombe à la nature d’apporter des instruments et une infinité de presses symboliques et capables de mettre en place ou d’intégrer toute chose, ou d’apporter une sagesse et une capacité à même de créer et de gérer les créatures.
En effet, autant les manifestations et les reflets du soleil apparaissent sur des petits morceaux de verre aussi petits qu’un atome et sur des gouttelettes sur terre, autant la non attribution de ces reflets solaires au seul soleil dans le ciel, rend nécessaire l’acceptation de l’existence d’un soleil naturel possédant les propriétés du soleil dans le ciel, tout en étant petit en apparence et énorme dans sa réalité : une existence extérieure dans les profondeurs d’un petit morceau de verre aussi petit qu’un atome et n’ayant pas la taille de la tête d’un brin d’allumettes. Cela rend aussi nécessaire l'existence de soleils naturels aussi nombreux que les atomes du verre.
Comme le montre cet exemple, si l’on n’attribue pas directement les créatures, les êtres vivants aux manifestations des noms du Soleil éternel, il convient d’accepter une force naturelle dans chaque créature, surtout dans tout être vivant doté d'une capacité et d'une volonté infinies, d’une science et d’une sagesse infinies. Comme s’il y a une divinité dans chaque créature et dans chaque être vivant.
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Le fait de penser de cette façon est ce qu’il y a de plus impensable et de plus absurde dans l’univers. L’Homme qui attribue l'œuvre du Créateur de l'univers (qui existe même en la mouche) à la nature insignifiante, triviale et inconsciente, montre qu’il est non seulement un animal, mais aussi cent fois plus animal que les animaux et cent fois moins conscient qu’eux.
Deuxième Absurdité : Si ces créatures ordonnées, cohérentes, équilibrées et riches en sagesse ne sont pas attribuées à Allah, le Majestueux dont la puissance et la sagesse restent illimitées mais sont attribuées à la nature, celle-ci, la nature doit produire dans chaque lopin de terre, des machines et des presses au nombre des presses et des usines de l'Europe, afin que cette terre puisse être la cause de la poussée, du développement et de la conception des innombrables fleurs et fruits dont elle constitue le lieu de production et l’usine.
En effet, elle apparaît et s’apprécie comme une disposition capable de concevoir des formes et des corps très différents les uns des autres, concernant toutes les fleurs dont les semences ont été, alternativement dans une terre aussi large qu’une poignée, mises sous terre avec la fonction d’un support et d’un pot de fleurs.
Si cette capacité n'est pas attribuée au Tout-Puissant plein de majesté, chaque fleur doit avoir des machines naturelles spéciales dans le sable de ce pot de fleurs, sinon cette situation ne se produira pas.
En effet, du fait que le matériel de semences est le même que pour le sperme et les œufs, c'est-à-dire une sorte de mélange imparfait d’hydrogène, d'acide, de carbone et d’azote, sans ordre ni forme et ressemble à une sorte de pâte, et de plus, étant donné que l’air, l’eau, la chaleur et la lumière sont simples, sans conscience, ni sentiments, et fonctionnent comme un torrent dans ses rapports avec toute chose, le fait que ces fleurs sortent de cette terre de manière illimitée sous des formes et des schémas différents, avec une régularité et une fabrication parfaites, exige évidemment et nécessairement l'existence, dans le sable de ce pot, de petites et symboliques presses et usines de l’ordre de ce qu’il y a en Europe, de sorte que ce sable puisse tisser cette quantité de tissus vitaux et des milliers de modèles de tissus différents.
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Apprécie à quel point la déviation des idées des naturalistes infidèles s’écarte de la raison ! Constate la mesure dans laquelle les stupides ivrognes, qui sont sous la forme de personnes, pensant que la nature a le pouvoir de créer, s’écartent de la raison et de la science, lorsqu'ils prétendent être des spécialistes et des rationalistes ! Apprécie la façon dont ils ont adopté un mythe inapplicable et absolument impossible pour en faire leur chemin ! Observe tout cela, et pouffe de rires pour leur sottise ! Crache-leur au visage !
Si tu dis qu’en attribuant les créatures à la nature, il en découlera des situations aussi étranges, et qu’il en ressortira des problèmes dénotatifs d’absurdités, voyons ! Comment de tels problèmes vont-ils disparaître si ces créatures sont attribuées à l’Unique Samad (qui n’a besoin de personne pour subsister), et que cette absurdité, source de difficultés, devient une chose simple ?
La réponse est telle que mentionnée dans la première absurdité. Le reflet, la luminosité et l’effet du soleil, apparaissent sur tout ce qui est transparent et luisant, du petit morceau de verre à la plus grande surface maritime, de manière parfaitement facile, comme s’ils étaient de petits soleils symboliques, sans difficulté, ni peines, Autrement dit, tous ces éléments manifestent le reflet, la luminosité et l’effet du soleil.
Si tu cesses d’attribuer ces reflets et cette luminosité au soleil, alors, la possibilité de l’existence externe d’un soleil naturel individuel dans chaque atome, doit être acceptée avec difficulté à un degré d’absurdité dans chaque atome au paroxysme de la petitesse.
De même, si chaque créature est directement attribuée à l’Unique Samad (qui n’a besoin de personne pour subsister), son besoin peut être facilement et aisément communiqué en termes de nécessité, de manifestation et d'affiliation.
Par contre, si cette affiliation est interrompue et que cette instruction est transformée en fiasco, chaos et anarchie, laissant chaque créature libre, vagabonde et dépendant de la nature, il faudrait alors supposer d‘une manière dénotative de cent mille problèmes, difficultés à un degré d’absurdité, que la nature aveugle existant dans la mouche et qui crée une machine corporelle d’un être vivant, comme la mouche qui est un chef-d'œuvre parfait, une beauté et un petit index de l'univers, aie une sagesse et une capacité capables de créer et de gérer l'univers. Ceci n’est pas seulement absurde, mais comporte des milliers d’absurdités.
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Conclusion : Autant l'existence d'un partenaire et d'une contrepartie pour « Al-wâjib al-woujoud » (Celui dont l’existence est indispensable) est impossible et absurde, autant l’intervention d'autrui dans sa seigneurie et dans sa création des choses est aussi impossible et absurde que le fait de lui trouver partenaire.
Pour ce qui est des problèmes contenus dans la deuxième absurdité, ils se ramènent au fait d’affirmer plusieurs preuves erronées, comme cela a été noté dans plusieurs épîtres, à savoir que si tout est attribué à Allah l’Unique, alors la création de tout sera aussi facile que lorsqu’il s’agit de créer une seule chose.
Par contre, si tout est attribué aux causes matérielles et à la nature, alors créer une seule chose devient aussi problématique que la création de la totalité des choses.
La conclusion de l'une de ces preuves est que lorsque quelqu’un s’affilie au Sultan en termes de service militaire ou de subordination, il peut accomplir en vertu de cette affiliation des travaux cent mille fois supérieurs à ce qu’il réalise en vertu de sa force personnelle. Ce soldat peut parfois capturer un roi au nom du sultan parce qu'il ne porte pas ce dont il a besoin comme dispositifs et comme force dans le cadre de son travail et de ses réalisations : il n’est pas obligé de les porter.
Les trésors du sultan et son armée, dont dépend ce soldat, portent ces dispositifs et cette force au moyen de ladite affiliation.
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Ainsi, ce qu’il réalise peut être aussi beau que quelque chose réalisé par le Sultan, ainsi que ce qu’il a dans son actif comme travaux et démarches, aussi extraordinaires que les travaux et les démarches propres à l’armée. A noter que les fourmis ont détruit le palais de Pharaon en vertu de cette subordination. De même, par l’intermédiaire de cette même subordination, les mouches ont détruit Nimrod, la noix de pin qui est aussi petite qu’un grain de blé a produit[1] toutes les composantes du grand pin.
Lorsque cette affiliation s’interrompt et que ce soldat se libère de la subordination, il sera obligé de porter ses instruments de travail sur son dos et d’avoir la force nécessaire pour réaliser ses travaux. Dans ce cas, il peut faire un travail avec la force de son petit bras et selon le nombre de matériels dont il dispose sur son dos.
Si on lui demande de faire ce qu'il faisait facilement dans le premier cas, il lui faut avoir, entre ses mains, la force d’une armée, et sur son dos une usine d’armes de guerre digne d’un sultan. Il s’agit là d’inepties dont même les clowns qui racontent des mythes et des légendes pour faire rire les gens auraient honte de prendre en compte.
[1]Si cette affiliation existe, ce noyau reçoit un ordre du destin divin et obtient de belles œuvres. Par contre, si cette affiliation est rompue, la création de ce noyau requiert la présence de plus d'instruments, de capacités et de créativité que n’en requiert la création de cet arbre immense. En effet, tous les organes incarnés du pin qui constituent l’effet de la puissance dans la montagne, doivent normalement être présents, munis de leurs dispositifs dans l’arbre symbolique qui traduit l’effet du destin dans ce noyau. En fait, le lieu de la création de cet arbre énorme est ce noyau. Alors, l’arbre prédestiné se manifeste, à savoir celui que renferme la graine, à l’extérieur, par l’intermédiaire de la puissance. Ainsi, le pin est incarné. (l’auteur)
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Conclusion : Dans l’attribution de tout existant à « Al-wâjib al-woujoud » (Celui dont l’existence est indispensable) réside la facilité au degré de nécessité. Son attribution à la nature, conçue comme créatrice, pose des problèmes dénotatifs d’absurdité et totalement en dehors de ce qu’accepte la raison.
Troisième Absurdité : Il s’agit ici de deux exemples qui illustrent cette absurdité et qui ont été présentés dans certaines épîtres.
Premier Exemple : Un homme barbare et sauvage entra dans un palais construit dans un désert sauvage, muni et équipé de tous les conforts de la modernité. Il y promena son regard, et voyant des milliers de choses magnifiques, se mit à en chercher le constructeur, disant dans sa barbarie et sa folie : « L’une de ces choses qui se trouvent dans le palais a construit celui-ci, ainsi que ce qui s’y trouve comme objets, sans l’intervention de quelqu’un d’extérieur. » Il ne regardait rien sans que même son esprit barbare ait du mal à accepter que c'est une telle chose qui a créé toutes ces autres choses. Ensuite, il vit un registre dans lequel on avait consigné le programme de construction du palais, l'index de ses composantes et les lois de son administration bien que ce registre n'eût ni main, ni œil, ni marteau, ni capacité, ni prédisposition à construire et à décorer ce palais, tout autant d’ailleurs que les autres choses qui s’y trouvaient. Cependant, l’homme fut obligé de dire : « C’est ce registre qui a construit ce palais, l’a organisé, l’a décoré et a créé les autres choses, les a mises en place et accrochées là où elles sont ». En effet, il constata qu’il y avait un rapport entre ce registre et le palais tout entier, puisqu’il était un cadre de normes scientifiques pour les autres choses.
Ainsi, il transforma sa barbarie en délire de folie et d’ivrognerie.
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Comme le montre cet exemple, quelqu’un de barbare entre, avec dans sa tête la pensée des naturalistes consistant à refuser à la divinité le palais de ce monde dont tous les côtés sont remplis de sagesses semblables à des miracles, et qui est infiniment plus en ordre et plus beau que le palais mentionné dans l'exemple. Il ne se dit pas que ce palais du monde résulte de la créativité inégalable de « Al-wâjib al-woujoud » (Celui dont l’existence est indispensable) qui est hors du cadre des possibilités. Il s’en écarte et voit dans le cercle des possibilités, l'ensemble des lois qui régissent les coutumes divines et l'index de l'œuvre divine conçus comme une tablette d'effacement et une preuve du destin divin qui peut être un registre qui change et se transforme, dans le cadre des procédures de la puissance divine, sous l’appellation erronée de « nature ». Il dit : « Étant donné que ces choses renvoient à une cause et qu’il ne semble pas y avoir de cause plus appropriée que ce registre, et qu’en fait, la raison n’accepte en aucun cas que ce registre qui n'a ni œil, ni sens, ni capacité, puisse assumer la fonction de créateur qui, par contre, relève d’une seigneurie absolue requérant une capacité infinie, puisque je n'accepte point l’idée d’un créateur (Assani’) éternel (Al-kadim : sans début), il vaut mieux que je dise que c’est ce registre qui a créé les choses et qui continue d’en créer. »
Quant à nous, nous disons : « Ô toi fou, ivrogne qui es devenu plus idiot que les idiots : retire-toi la tête du bourbier de la nature. Regarde et vois le majestueux créateur dont l’existence est attestée et la présence exprimée par toutes les créatures, dans différentes langues allant de celle des atomes à celle des planètes. Observe les manifestations du sculpteur éternel qui a construit ce palais et en a consigné le programme dans ce registre. Prête attention à ses ordres royaux, écoute son Coran et débarrasse-toi de ces délires ! »
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Deuxième exemple : Un homme barbare et sauvage entra dans un majestueux camp militaire où il vit des entraînements et des manœuvres à la fois ordonnés et collectifs. Il remarqua que sous le mouvement d’un seul soldat, un bataillon, un régiment et une division prenaient position, se déplaçaient et tiraient des coups de feu, sous un seul et même ordre : “Feu !”
Du fait que son esprit sauvage et naïf ne se rendait pas compte qu'un général était aux commandes au moyen des systèmes de l'État et des lois du Sultan, ce que, par contre, il niait, il s’imaginait que ces soldats étaient reliés les uns aux autres par des cordes. Pensant à quel point cette corde imaginaire était paranormale, il fut pris d’admiration et d'éblouissement.
Ensuite, s’en retournant, il entra dans une mosquée aussi grande que celle d'Aya Sofya. C’était un vendredi. Il y constata que la communauté des fidèles se tenait debout, opérait une génuflexion, se prosternait et s’asseyait guidée, en cela, par la voix d'un homme. Du fait qu'il ne connaissait rien de la Loi Sacrée qui consiste en l'ensemble des lois morales et célestes découlant des commandements du Législateur, il s’imagina que les membres de cette communauté étaient reliés les uns aux autres par des cordes matérielles, et que ces étranges cordes les maintenaient en mouvement. Par la suite, il sortit et s’en alla, avec dans sa tête, une pensée ridicule que même les gens dont la sauvagerie dépasse celle des animaux les plus féroces, se répugnent à avoir.
Comme le montre cet exemple, un homme négateur, portant la pensée naturaliste athée qui est pure barbarie et sauvagerie, entre, dans ce monde conçu comme un camp majestueux pour les innombrables soldats du Sultan de la sempiternité et de l’éternité, et dans cet univers qui est une grande et jolie mosquée de l’Adoré sempiternel.
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Il conçoit les lois morales des systèmes de l'univers venant de la sagesse de ce Sultan Eternel comme des choses matérielles, et se représente les lois du royaume divin, les dispositions et les principes moraux de Sa grande loi imaginaire (i'tibārī) de la création dont l’existence n’est autre que scientifique en se disant que chacun d’entre eux a une existence externe et constitue quelque chose de matériel. Il installe ces lois provenant de la science et du discours divins, et qui n’ont qu’une existence scientifique, à la place de la capacité divine, en leur attribuant le pouvoir de créer, et les identifiant sous le nom de « nature ». En conséquence, il considère la force qui n’est qu’une des manifestations de la capacité divine, comme une puissance autonome. Certes, ce genre de pensée barbare et sauvage est mille fois plus bas que ce dont il s’agit dans l'exemple précédent.
Conclusion : Ce que les naturalistes appellent « nature » qui est une illusion et un concept dépourvu de la moindre réalité ne peut être qu’un produit et rien de plus, si toutefois cette nature a une réalité extérieure. Elle ne peut pas être un créateur non plus. C’est un objet sculpté qui ne saurait être un sculpteur, quelque chose d’administré qui ne saurait être un administrateur, une législation de l’univers et non un législateur, un rideau d’orgueil créé par Allah et non un créateur, une nature réagissant et qui ne saurait être actrice et créatrice, une loi et non une capacité, et ne saurait donc être Tout-Puissant, et c'est une règle pour dessiner des lignes, et ne peut jamais être ainsi la source [des lignes elles-mêmes].
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Conclusion : Étant donné que les créatures existent réellement, et que l'on ne peut imaginer d’autres modes d’existence autres que les quatre cités, par la voie d’une « analyse intellectuelle », comme il a été mentionné au début de la « Seizième Note », les invalidités des trois voies parmi les quatre mentionnées ont été prouvées, de manière absolue, à travers trois absurdités manifestes pour chacune, par conséquent, il ne fait aucun doute que le chemin de l'unité, quatrième mode d’existence, est forcément et nécessairement le seul valide sur tout autre. En effet, le saint verset mentionné au début de cette épître «أَفِي اللهِ شَكٌّ فَاطِرِ السَّمَوَاتِ وَالأَرْضِ»[1] fait référence à la divinité de "Al-wâjib al-woujoud" (Celui dont l’existence est indispensable) de sorte qu'il n'y ait ni doute ni suspicion à ce sujet. Il montre que tout émane directement de Son pouvoir absolu et que les cieux et la terre sont en Sa possession et sous Son contrôle.
Ô adorateur des causes naturelles ! Ô pauvre homme dissout dans la nature ! Étant donné que la nature de toute chose est créée à l’instar de cette chose, dans la mesure où elle implique la créativité, la fabrication, et la mise à jour, et que sa cause apparente est également créée à l’instar de tout effet donné, étant donné que l'existence de toute chose a besoin d’un très grand nombre de dispositifs et d’instruments, alors il existe un Tout-puissant absolu qui crée à la fois la nature et sa cause, et est-ce que ce Tout-puissant absolu a besoin d’intermédiaires incapables de associer à Sa seigneurie et à Sa création ? Non !
Tout au contraire, Il a créé simultanément les causes et les effets, en y plaçant un certain arrangement et un certain ordre pour mettre en relief les manifestations de ses noms et de sa sagesse. Il crée entre elles une relation de causalité et une corrélation externe et fait des causes matérielles et de la nature un voile de sa capacité faisant en sorte que celle-ci soit la référence de ce qui apparaît dans les choses comme manquements, absences de miséricorde et imperfections apparentes, en vue de sauvegarder et de préserver sa dignité.
[1] « Y-a-t-il un doute au sujet d’Allah, Créateur des cieux et de la terre ? » Sourate Ibrāhīm, verset 10.
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Voyons ! Laquelle de ces deux façons de faire est la plus facile pour un horloger : fabriquer des pignons de montres, pour ensuite les arranger et les organiser, ou fabriquer une machine surnaturelle à l'intérieur des pignons, dont les mains rigides se chargeront de la fabrication de la montre ? Ce dernier cas n’est-il pas en dehors du cercle de la possibilité ? Allons ! Réponds toi-même avec ton esprit injuste ! Et sois, toi-même juge et arbitre !
Ou encore, un écrivain apporte une plume, de l’encre et du papier, puis écrit lui-même un livre. Cela lui est-t-il plus facile ou plus difficile que le fait de créer une machine à écrire réservée à ce seul livre sur ce papier, cette encre et cette plume, plus belle, plus difficile et plus pénible que ce livre en ordonnant à la machine qui n’a ni sentiments ni conscience d’écrire, sans la moindre intervention ? Ma foi ! Cela n’est-il pas cent fois plus difficile que d’écrire ?
Si tu réponds : « Si ! Créer une machine pour écrire un livre est cent fois plus difficile, mais quand même, comporte une facilité en ceci qu’une telle machine est un moyen de copier le livre et de l’imprimer en plusieurs exemplaires. »
La réponse sera ceci : « Le sculpteur éternel a créé le profil et les traits du visage des choses, de par sa capacité absolue, renouvelant, à tout moment, les manifestations infinies de ses noms, pour en montrer chacun sous différentes formes, de sorte qu’aucun écrit divin et aucun livre divin ne ressemble aux autres, dans l’absolu.
En tout état de cause, chaque livre aura des traits du visage qui la distingue des autres, de manière à lui permettre d’exprimer des significations à la fois spéciales et différentes.
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Si tu sais voir, observe les traits du visage de l’Homme ! Tu verras sur chacun de ces tout petits visages des caractéristiques qui le distinguent de tous les autres, de l'époque de notre maître Adam (paix sur lui) à l’heure actuelle, et même à la fin des temps, avec des ressemblances au niveau des organes essentiels. Ce phénomène est absolument constant, et c’est pourquoi chaque visage est un livre autonome. Cependant, cela nécessite des outils spéciaux de création, et nécessite une organisation spéciale et une méthode de composition, en particulier pour la conception et la créativité. Cela exige un laboratoire spécial complètement différent des autres pour apporter les matériaux nécessaires et les placer dans les endroits appropriés, ainsi que la prise en compte de tout ce qui est nécessaire à son existence.
Supposons que la nature soit une imprimerie ! Dans ce cas, elle aura besoin d’organisation et d'impression, deux choses spécifiques à l'imprimerie ; en d’autres termes, elle nécessitera qu’on mette son système dans un moule. De même, elle aura besoin, pour la mise en place de cette organisation, de la volonté du Tout-Puissant et de Sa capacité absolue, lui qui a créé la presse d'impression afin d’y mettre en place des matériaux dont la création est cent fois plus difficile que celle d'autres, existant dans le corps de l’être vivant, avec un équilibre et un ordre spécial, lui qui a apporté ces matériaux des régions du monde pour les mettre à la disposition de l'imprimerie. Donc, la probabilité et l'hypothèse selon laquelle la nature est une presse d’impression constitue un mythe et ne dénote aucune importance. »
Comme dans l'exemple de la montre et
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Comme dans l'exemple de la montre et du livre, le Tout-Puissant créateur, capable de tout, a créé les causes, ainsi que les effets. Il a relié les causes aux effets avec Sa sagesse, déterminé et définit par Sa volonté une des manifestations de Sa grande loi de la création divine, à concevoir comme les lois d’Allah avec lesquelles Il organise les mouvements de l'univers et la nature des choses qui ne sont qu’un miroir et un reflet de Sa manifestation dans les choses. Il a créé, de par sa capacité, le visage de la nature qui traduit l’existence externe, ainsi que les choses en présence dans cette nature, les mêlant les unes aux autres.
Voyons ! N’est-ce pas plus facile d’accepter ce fait qui est très raisonnable et le fruit de preuves illimitées ? Cette acceptation n'est-elle pas aussi nécessaire qu’un devoir ?
Ou bien, est-ce plus facile d’attribuer les dispositifs et appareils nécessaires au corps de toute chose, aux matériaux que vous appelez « causes » et « nature », matériaux qui sont rigides, créés, fabriqués et simples, n’ayant ni sens, ni conscience ? Est-ce plus facile d’affirmer que les choses qui sont faites avec sagesse et perspicacité se réalisent spontanément ? N’est-ce pas absurde et totalement impensable ? Mais cela, je le ramène à l’équité de ton esprit injuste !
Le négateur adorateur de la nature dit : « Puisque tu m’appelles à l’équité, j'avoue que le chemin que jusqu’à présent nous avons suivi par erreur, est cent fois absurde, nuisible et laid à l'extrême, et celui qui a un tant soit peu de sentiments comprendra, à partir de vos recherches antérieures, que l'attribution de la création aux causes matérielles et à la nature est absurde et impensable. L’attribution directe de tout à "Al-wâjib al-woujoud" (Celui dont l’existence est indispensable) est un devoir et une obligation. Donc, je déclare ma foi et rends grâce à Allah pour la foi qu’Il me donne.
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J’accepte qu’Allah soit le créateur. Cependant, j’ai un petit doute : en quoi l'intervention de certaines causes partielles dans la création et dans les choses banales, ainsi que leur acquisition de louanges et d’éloges, nuisent-ils au sultanat de Sa seigneurie ? Cela diminue-t-il Son autorité ? »
La réponse à cela est que, comme nous l'avons bien montré dans certaines épîtres, la règle de la gouvernance est la réfutation de l'intervention, même le moindre administrateur et le moindre fonctionnaire n’acceptent pas l’intervention de leurs enfants dans le cadre de leur gouvernance. Le fait que certains sultans pieux aient tué leurs enfants innocents, en dépit du fait qu’ils étaient des héritiers, à cause d’une soi-disant intervention dans le régime, montre à quel point pouvait aller la loi de la non-intervention dans l’exercice du pouvoir. La loi du non-interventionnisme que requiert l'autonomie du pouvoir, a démontré sa force à travers l'histoire de l’humanité, allant de l’impossibilité de la coexistence de deux gouverneurs dans une seule et même ville, à l’impossibilité de la coexistence de deux sultans dans un seul et même royaume, donnant lieu à des étourdissements, des calamités et des perturbations très étranges.
Alors regarde et vois à quel point une seule des ombres du commandement et de la gouvernance, chez les gens incapables et dans le besoin de coopérer, et à ce point repousse l’intervention, empêche l'ingérence des autres, refuse qu’on participe à leur gestion, et cherche à maintenir leur autonomie au niveau de leurs postes, dans un fanatisme sans fin.
Ensuite, si tu peux mesurer ce qu’il y a entre ceux-ci et « l’essence » d’Allah, le majestueux à qui appartient la gouvernance absolue, en vertu de Sa seigneurie, le commandement absolu en vertu de Sa divinité, l'indépendance absolue en vertu de Son unicité et la suffisance absolue en vertu de Sa capacité absolue, et à quel point la réfutation de l’intervention, la prévention de la participation et le rejet du partenaire sont nécessaires et indispensable à cette gouvernance et aux exigences qu’elle requiert, alors, vas-y !
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Quant à la deuxième partie de ton doute, elle est la suivante : si certaines causes deviennent une référence pour d’autres, dans la servitude à l’échelle de particule, en quoi cela diminue-t-il de la servitude des créatures, allant des atomes aux planètes, cette servitude orientée vers "Al-wâjib al-woujoud" (Celui dont l’existence est indispensable) que l’on sait être l’Adoré absolu ?
Réponse : Le sage créateur de cet univers l’a créé sous la forme d’un arbre, et a fait des êtres conscients les fruits les plus complets, et de l'Homme le fruit le plus représentatif, parmi les êtres conscients.
Est-ce que le Souverain absolu, Commandeur indépendant, solitaire et unique qui a créé l'univers afin de se faire aimer et connaître placera entre les mains d’autrui l'Homme qui est la synthèse de tout l'univers, la reconnaissance et le culte de celui-ci qui sont pour lui non seulement les choses les plus importantes, mais aussi le résultat de la création de l’Homme, la finalité de sa nature et le fruit de sa vie ?
Va-t-il vouer à vau-l’eau le résultat de la création et le fruit de l'univers, contrairement à Sa sagesse ? Non !
Accepte-t-il de remettre le culte des créatures entre les mains des autres, d’une manière qui porte ceux-ci à nier Sa sagesse et Sa seigneurie ? Tolère-t-il cela ?
S'oublie-t-il au point de renoncer à Ses hautes orientations dans l'univers, livrant aux causalités la reconnaissance de Ses merveilleuses créatures, leur gratitude, leur amour et leur servitude, bien qu'Il montre dans Ses actes qu'Il se fait aimer et connaître infiniment ?
Cher ami, toi qui as abandonné le culte de la nature ! Allez, raconte, donc ! Celui-ci dit : اَلْحَمْدُ لِلّٰهِ “Louange à Allah", ces deux doutes ont cessé d'exister en moi, puisque tu m'as apporté deux preuves fortes et brillantes de l'unicité divine établissant qu'Il est le véritable adoré et qu'un autre que Lui n'est pas digne de culte. En effet, nier ces vérités dénote autant d’obstination qu’il y en a dans le déni du soleil et du jour.
Saïd Nursī