Cinquième parole

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Cinquième parole

[Une explication du fait que l'observation de la prière et l’évitement des péchés graves constituent une véritable fonction humaine et une conséquence naturelle et convenable de la création de l’homme]

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ  إِنَّ اللهَ مَعَ الّذِينَ اتَّقَوا وَالَّذِينَ هُمْ مُحْسِنُونَ[1]

 

Si tu veux savoir de quelle façon l'observation de la prière et l’évitement des péchés graves[2] constituent une véritable fonction humaine et une conséquence naturelle et convenable de la création de l’homme, considère ce court récit symbolique et médites-en les péripéties !

[L'allégorie de soldat bien entraîné et soldat inexpérimenté]


[1]) Certes، Allah est avec ceux qui (l’) ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants (Sourates: les abeilles، verset 128

[2] (Al-kaba'ir) Grands péchés – les péchés comme le meurtre et la fornication, clairement interdits par un texte coranique ou un hadith authentique, pour lesquels des peines particulières sont prescrites dans ce monde d’ici-bas et dans l'au-delà.

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Il y avait, dans un bataillon militaire, au cours de l’alerte pour la mobilisation des troupes, deux soldats qui étaient ensemble et dont l’un était en formation aimant son travail, l'autre inexpérimenté et imbu de sa personnalité.

[L’amour du soldat bien entraîné pour son travail et sa conviction, ainsi que sa confiance avec le roi, le préservent de s’inquiéter de sa sécurité]

Celui d’entre eux qui aimait son travail s’occupait de la formation et de la guerre, et ne pensait absolument pas à sa subsistance et à ses repas, parce qu'il avait réalisé qu’il revenait à l’Etat de le nourrir, de lui fournir des munitions et des provisions, de le soigner lorsqu’il tombait malade, et même de lui mettre un morceau de nourriture à bouche s’il en était besoin. De même, il savait que sa fonction d'origine était la formation militaire et la guerre, Néanmoins, il lui arrivait de faire certaines choses afférentes au rationnement de la nourriture et à la préparation des munitions.

Dans ce cadre, il préparait les repas, lavait les assiettes et les apprêtait. Lorsqu’on lui demandait ce qu’il faisait, il répondait : « J’effectue des travaux coercitifs pour le compte de l’Etat » au lieu de dire : « Je travaille pour gagner ma vie ».

[Le soldat gourmand et inexpérimenté met les désirs de son âme avant l'entraînement et la guerre]


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Quant à l'autre soldat, inexpérimenté et gourmant, il ne s’occupait ni de formation militaire ni de guerre. Il disait : « Qu'est-ce que je possède, moi?  C’est plutôt du devoir de l'Etat !». Il pensait toujours à sa subsistance et courrait derrière elle. Quittant le bataillon, il allait au marché pour faire ses achats.

[Le soldat bien entraîné réprimande le soldat inexpérimenté]

 Un jour son compagnon en formation lui dit : « Frère, ta fonction d'origine est la formation militaire et la guerre. On t’a recruté ici, à cette fin. Alors, remets-toi au Sultan. C’est sûr qu’il ne te laissera pas affamé, car cela relève de son devoir et de sa fonction ! Or, tu es impuissant et pauvre. Tu ne trouveras jamais quelqu’un qui puisse, partout, assurer ta nourriture, en ce temps de guerre et de mobilisation. Si tu ne fais pas cela, on te considérera comme désobéissant et te sanctionnera »

Oui, il y a là, devant nous, deux types de fonctions.

L’une est celle de Sultan qui consiste à nous nourrir, contre certains services qu’il nous revient, parfois, de lui rendre.

L’autre est la fonction qui nous revient, à savoir la formation et la guerre, au regard desquelles le Sultan nous apporte, à son tour, un certain nombre de facilités.

Voyons ! A quel risque s’expose un tel soldat rebelle, si tant est qu’il refuse d’écouter les conseils que lui donne l’autre soldat dont la fonction est la guerre et la formation ! Cela, tu le sauras !

[Le sens de l’allégorie]


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Ô toi mon âme à l’état de paresse !

Le champ de bataille tumultueux et en ébullition, en question dans le récit, symbolise la vie d’ici-bas aux turbulences multiples.

L’armée divisée en bataillons symbolise la société humaine.

Le bataillon en question symbolise la communauté islamique de cette époque.

S’agissant des deux soldats ;

L'un d’eux représente le musulman pieux et au su de ses obligations religieuses qu’il réalise dans la pratique, le musulman qui se bat contre son âme et contre Satan, afin d’éviter les péchés graves et les péchés mineurs.

L'autre est le pervers et le perdant noyé dans le souci d’assurer sa subsistance, au point d’accuser le véritable Pourvoyeur. Un tel homme délaisse ses obligations et commet n’importe quel péché pour gagner sa vie.

Ces ordres et ces formations symbolisent le culte à la tête duquel se situe la prière.

La guerre en question consiste dans le fait de combattre son âme, ses passions[1] et Satan, qu’il soit djinn ou homme, pour préserver le cœur et l'âme des péchés, de l'immoralité et du péril éternel.

Pour ce qui est des deux fonctions, l’une consiste à donner la vie et la nourriture, l’autre à adorer avec amour et gratitude, le Donateur de la vie et le Pourvoyeur, tout en le suppliant, s’en remettant à lui[2], comptant sur lui et lui faisant confiance.

[Le Créateur de la vie est le seul être qui peut la soutenir]

[1] (al-hawā) caprice - l'inclinaison du soi humain envers les convoitises qu'il juge agréables, sans référence à la Loi sacrée.

[2] (At-tawakkul) Confiance / Se remettre à Allah - avoir une confiance ferme à Allah et n’ayant aucune confiance en ce qui appartient à toute autre chose. Cela implique l’absence totale d’inquiétude vis-à-vis de problèmes mondains, sachant qu’Allah, qui possède tout et contrôle tout contrôle ses affaires.


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Oui !, Celui qui a créé et accordé la vie considérée comme le plus brillant miracle de l'art divin et aussi la plus belle sagesse divine, est le seul qui soit capable de la soutenir et de la doter de moyens de subsistance, et personne d'autre. Veux-tu une preuve ?

[Le moyen de subsistance de l’être humain n'est pas garantie par nos propres efforts - elle est garantie par Allah à Ses serviteurs]

L’animal le plus faible et le plus insignifiant se voit offrir la meilleure nourriture, comme c’est le cas des vers que l’on retrouve dans les fruits et chez les poissons. Les créatures les incapables et les plus somnolentes se voient offrir les meilleurs moyens de subsistance, comme l’on peut s’en apercevoir chez les enfants et les bébés.

Oui, l’assertion ci-dessus est surtout pour que tu comprennes que la manière d’accéder aux moyens de subsistance licites, ne réside pas dans la puissance et le fait de choisir ce qu’on veut, mais dans l’impuissance et la faiblesse. Il te suffit de comparer les poissons et les renards, les petits et les bêtes sauvages, les arbres et les animaux.

[Travailler pour gagner sa vie est une forme de culte pour l'homme qui accomplit la prière]

Donc, celui qui s’abstient de prier, à cause des problèmes de subsistance[1], est comparable au soldat qui déserte sa formation et les tranchées, et se met à mendier au niveau des marchés.

[1] (Ar-rizq) Moyens de subsistance - le mot désigne tout ce dont une créature profite, y compris les questions spirituelles et intellectuelles. Plus généralement, il fait référence à leur subsistance quotidienne.

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Toutefois, rechercher ses moyens de subsistance dans la cuisine de miséricorde du Généreux Pourvoyeur, après l’observation de la prière,  de peur d’être un fardeau pour les autres, est non seulement une belle quête, mais aussi une marque de magnanimité et de virilité, tout autant qu’un culte.

[L’homme est le roi de toutes les créatures s’il a conscience de son impuissance et de son incapacité]

De plus, la nature et les dispositions morales de l’homme montrent que celui-ci n’a été créé que pour le culte. En effet, l'homme n’atteint pas l’adresse du dernier des moineaux, en termes du travail et de compétences nécessaires à sa vie d’ici-bas. Cependant, de par ses connaissances et ses besoins en termes de culte et de supplication nécessaires à sa vie morale et eschatologique, on le considère comme le sultan et le chef des animaux.

Ainsi, écoute, âme !

Si tu fais de la vie d’ici-bas la finalité de ton existence que tu t’évertues toujours à réaliser, sois sûre et certaine que tu te verras ravaler au rang du dernier des moineaux. Par contre, si tu fais de la vie de l’au-delà la finalité de ton existence, tout en faisant de la vie sur terre une ferme et un moyen pour y arriver, tout en travaillant en conséquence, alors on te considérera comme le chef suprême des animaux, et en même temps tu seras un serviteur choyé et suppliant, un hôte honoré et respecté, d’Allah le Tout Puissant en ce monde.

Ainsi, âme, tu as en face de toi deux chemins, choisis-en donc celui que tu veux, puis demande au plus clément des cléments la droiture et la réussite.