Neuvième parole

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Neuvième parole

[Les significations et les secrets inhérents à (la prière) et à chaque heure de prière]

 

 بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ

فَسُبْحَٰنَ اللَهِ حِينَ تُمْسُونَ وَحِينَ تُصْبِحُونَ ..  وَلَهُ الْحَمْدُ فِي السَّمَٰوَٰتِ وَالأَرْضِ وَعَشِيًّا وَحِينَ تُظْهِرُونَ[1]

Cher Frère ; tu m’interroges sur la sagesse de consacrer la prière à ces cinq moments précis ? Nous ne parlerons, ici, que de l'une des nombreuses sagesses qui la fondent.

Le moment de chaque prière est le début d'un important changement, le miroir d’une grande gestion divine et le reflet des bienfaisances divines englobantes inhérentes à une telle gestion. C’est pour cette raison que la prière, qui est le fait d’abonder en louange et en glorification du Tout Puissant, fut prescrite auxdits moments, pour rendre grâce à Allah, le louer pour l’ensemble de ses faveurs innombrables qu’il regroupe entre deux moments.

Pour appréhender, tant soit peu, cette signification à la fois profonde et précise, il convient de considérer, en même temps que mon âme, cinq illustrations.

Première Illustration 

[Les trois noyaux de la prière - subḥānallāh, Allāhu akbar et alḥamdulillāh]

Le Salat signifie louer, glorifier et remercier Allah, la Vérité, c'est-à-dire sanctifier sa majesté, à l’aide de la formule سُبْحَانَ اللَّهِ (Subhânallah), réalisée en actes et paroles, glorifier sa perfection, à l’aide de la formule    اَللَّهُ أَكْبَرُ (Allahou Akbar ) , réalisée en actes et paroles, et louer sa beauté à l’aide de la formule  اَلْحَمْدُ لِلَّهِ (Alhamdoulillah )  réalisée au moyen du cœur, de la langue et du corps.


[1]Glorifiez Allah, donc, soir et matin ! A Lui toute louange dans les cieux et la terre, dans l’après-midi et au milieu de la journée »Sourate : les romains, versets 17 et 18



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Ainsi, la glorification (Tasbîh), la sublimation (Takbîr) et la louange (Hamd) constituent la base du Salat. Aussi, retrouve-t-on ces trois dans tous les actes et évocations du Salat. C’est aussi la raison pour laquelle ces paroles bénies sont répétées, trente-trois fois, après la Salat. Ainsi, la prière se trouve renforcée par ces paroles globales.

Deuxième illustration

[La sublimité d'Allah et la faiblesse de l'homme - La nature de la relation entre Créateur et créature implique que la création doit l'adorer]

Le culte est le fait de se prosterner devant Allah avec admiration, appréciation et amour, devant la perfection de Sa seigneurie, Sa capacité transcendante ainsi que devant Sa miséricorde, tout en reconnaissant les imperfections de son âme, son impuissance et sa pauvreté.

De même, la divine autorité d’Allah exige la servitude et l'obéissance, car sa sainte divinité et sa pureté nécessitent que le serviteur qui demande pardon, après avoir s’être rendu compte de ses manquements, déclare que son Seigneur est exempt et dégagé de toutes imperfections, exempt et au-dessus des idées fausses que diffusent les gens de l’ignorance, qu’il est sacré et bien au-dessus de toutes les lacunes et carences attribuables aux créatures en disant : سُبْحَانَ اللَّهِ  ''je glorifie d'Allah ''

A noter aussi que la parfaite capacité de sa divinité exige que le serviteur se réfugie auprès de son Seigneur, compte sur lui et opère avec humilité, une génuflexion en disant : اَللَّهُ أَكْبَرُ ''Allah est très grand'' devant la grandeur des effets de la capacité divine, avec approbation et admiration, après avoir réalisé sa propre faiblesse et l'incapacité des autres créatures.


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Le trésor infini de la miséricorde divine exige aussi que le serviteur manifeste ses besoins et ceux de toutes les créatures, ainsi que leur pauvreté, dans une langue appropriée à la sollicitation et à la prière, qu’il reconnaisse la bienfaisance et la grâce de son Seigneur, en exprimant sa gratitude et ses éloges en disant :   اَلْحَمْدُ لِلَّهِ  '' Louange à Allah ''

C'est dire que les actes et les paroles de la prière intègrent ces significations conçues à cette fin, par Allah, le Tout Puissant.

Troisième illustration 

[La prière comprend les significations de toutes les formes de culte de toute la création]

Autant l'homme est un exemple miniaturisé de ce grand monde, et la noble Fatiha[1], un brillant exemple de ce Coran sublime ; autant la prière est un index lumineux et complet des cultes, sous toutes leurs formes, et une cartographie sacrée indiquant les différentes sortes de culte concernant l’ensemble des espèces de créatures.

 


[1]




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Quatrième illustration 

[Les évocations et les indications du temps des cinq prières]

Autant les aiguilles d’une montre comptent les secondes, les minutes, les heures et les jours de la semaine, et dans cette perspective, correspondent les unes aux autres, s’identifient les uns aux autres, chacun prenant la même fonction que l’autre, autant la succession de la nuit et du jour que l’on conçoit comme une seconde par rapport au monde terrestre qui est lui-même une grosse montre pour Allah, ainsi que les années qui comptent les minutes, les niveaux de la vie humaine qui comptent les heures et les cycles de la vie du monde qui comptent les jours, correspondent les unes aux autres et s’identifient les uns aux autres, chacun prenant la même fonction que l’autre, et l'un rappelle l'autre.

[Le temps correspondant à chacune des cinq prières révèle une signification particulière liée aux étapes de la vie de l'homme et du monde]

Par exemple le moment allant du « Fajr » (l’aube) au lever du soleil rappelle le début du printemps et lui ressemble, ainsi que l’instant de la chute de l'homme dans l'utérus de sa mère et le premier des six jours de la création des cieux et de la terre, de la même manière qu’il rappelle sur ce qu’il y a comme affaires divines.

Quant au moment du Zuhr (début d’après-midi), il ressemble au milieu de l'été auquel il renvoie. Il fait aussi allusion au paroxysme du stade de la jeunesse et à la période de la création de l'homme dans l’âge de ce monde, rappelant ce qu’il y a dans celui-ci comme manifestations de la miséricorde d’Allah et émanations de la grâce divine.


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En ce qui concerne le moment du 'Asr (fin d’après-midi), il ressemble à l'automne, au temps de la vieillesse et à l’époque du bonheur[1] du prophète de la fin des temps (psl). Il rappelle aussi ce que ces périodes contiennent comme affaires et faveurs divines.

Le moment du Maghreb (crépuscule)   avertit les hommes, et les éveillant du sommeil de la négligence, leur fait comprendre les manifestations majestueuses d’Allah, en rappelant la mort de nombreuses créatures à la fin de l'automne, ainsi que la mort de l'homme et la destruction du monde au début de la résurrection.

Le moment du ‘Icha (nuit) annonce les actions majestueuses d’Allah l’Irrésistible,  rappelant le fait que le monde des ténèbres, enveloppe de son linceul noir les effets du monde du jour, que l’hiver couvre de son linceul blanc la surface morte de la terre, que les traces de l’homme décédé s’effacent et disparaissent sous les voiles de l’oubli, et que ce monde, réservé aux épreuves, soit définitivement clos.

Pour ce qui est du moment de la nuit, il montre à l'homme à quel point l'âme humaine à besoin de la clémence divine, en lui rappelant l’hiver, la tombe et le monde du Barzakh.[2]

Quant à la prière nocturne, elle rappelle à quel point elle est une lumière nécessaire à la nuit de la tombe et à l'obscurité du Barzakh. Elle montre, à travers tous ces actes de changement, à quel point le vrai bienfaiteur, Allah le Tout Puissant, est digne d'éloges et de louanges, en rappelant, en cela, ses faveurs sans limites.


[1] (‘Aṣr al-sa ’ādah) L’époque du bonheur - le temps béni et heureux pendant lequel notre prophète Muhammad ((psl) était dans ce monde.

[2] le monde intermédiaire entre la mort et la résurrection, c’est-à-dire le monde qui commence au moment de la mort et qui s’achève le jour de la résurrection. 

               . 



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Quant au second matin, il rappelle le matin de la résurrection. Oui, tout comme le matin venant à la fin de cette nuit, et le printemps venant après l’hiver constituent des faits raisonnables, nécessaires et inéluctables, le matin de la résurrection et le printemps du Barzakh, sont des faits également raisonnables, nécessaires et inéluctables.

Donc, autant chacun de ces cinq moments marque le début d’une importante mutation et rappelle de grands changements, autant chacun de tels moments rappelle les miracles du pouvoir divin et les dons de miséricorde couvrant l’année, l’époque et tous les âges, et cela, en signalant les grands actes quotidiens de la capacité divine.

Aussi, les prières obligatoires - qui constituent la fonction inhérente à  la nature humaine, le fondement de la servitude et de la religion pure sont-t-elles éminemment convenables et appropriées, aux moments en question.

Cinquième illustration 

[Un homme faible et nécessiteux profite à nouveau et d’une manière différente de chacun des attributs uniques inhérents à chaque heure de prière]

 L'homme est naturellement très faible alors que tout le dérange, l’affecte et lui fait mal. Il est très impuissant, alors que ses malheurs et ses ennemis sont innombrables. Il est très pauvre alors que ses besoins sont extrêmement nombreux. Il est paresseux et incompétent, alors que ses frais de subsistance sont très lourds. L’humanité le met en rapport avec l'univers, alors que la disparition et la perte des choses qu’il aime et auxquelles il est familier, ainsi que le fait de s’en séparer, l’affligent et le dérangent toujours. Son esprit lui montre des buts sublimes et des profits durables, alors qu’il manque de moyens, sa vie est courte, sa compétence infime et sa patience insuffisante.


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L'esprit ainsi fait donne naturellement à comprendre à quel point il est nécessaire qu’il expose son cas à la sphère d’Allah le Tout-Puissant, le Majestueux et le Clément, frappant à sa porte avec humilité et prière à l’aube, lui demandant la réussite et le secours, à quel point cela constitue un point d’appui nécessaire pour supporter ce qui va lui arriver et les responsabilités qu’il aura à assumer en termes d’affaires et de fonctions, dans la journée qui va suivre.

Le moment du Zuhr qui est celui de la plénitude de la journée et du début du déclin du disque solaire, correspond à la complétude des activités de la journée. C’est le moment d’observer une courte pause  pour échapper au harcèlement des préoccupations et de ses nuisances. C’est le moment où l’âme a besoin d’observer le répit, vis-à-vis de la négligence, de la perplexité et de l'agitation créée par ce monde périssable, des choses lourdes et fatigantes appelées à disparaitre. C’est le moment de l'émergence des dons divins, de l’observation de la prière du Zuhr qui signifie recours, louange et remerciement de l’esprit humain au regard de l’ensemble des faveurs provenant du véritable Bienfaiteur, Allah Al-qayyum l’Eternel, et cela bras croisés, au moment de son recours à sa sphère, après s’être débarrassé des harcèlements et de la négligence, après être sorti de ces choses évanescentes et futiles, manifestant son incapacité en opérant une génuflexion devant la grandeur et la majesté du Tout-Puissant, proclamant la plénitude de son admiration, de son affection et de son extinction en Allah, en se prosternant devant sa perfection infinie et sa beauté inégalable. Nous posons ici que quiconque perd de vue à quel point il est bon, nécessaire et convenable d’observer la prière du Zuhr, sous les considérations qui précèdent, n’est pas digne d’être un homme.

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Quant au moment du ‘Asr, il réfère au triste automne, à la vieillesse attristée et à la douloureuse période de la fin des temps. C’est le moment où prennent fin les affaires de la journée, de la constitution du grand ensemble des faveurs divines dont l’homme a profité au cours de cette journée, comme la santé la sécurité et les œuvres de bienfaisance. C’est un moment qui annonce,  du fait du déclin de l’énorme soleil vers le  couchant, que l'homme est un hôte détenteur de fonctions et que tout est passager temporaire et instable.

De là, l'esprit de l'homme qui espère l’éternité pour laquelle il a d’ailleurs été créé, qui aime les bienfaisances jusqu’à un degré de servitude à leur égard et souffre de la séparation, se lève, donc, et fait ses ablutions, au moment du ‘Asr, pour observer la prière du moment, faisant parvenir ses supplications secrètes à la sphère divine, du « Qadim Al-bâqi » (Vivant qui ne saurait mourir) et « Al-qayyum Eternel » (celui qui subsiste par lui-même) dont il loue les faveurs qu’on ne saurait ni compter, ni évaluer, recourant la manifestation de sa clémence qui ne cesse ni ne comporte une fin. Ce faisant, il opère une génuflexion faite dans l’humilité, devant la gloire de sa seigneurie, puis se prosterne en exprimant son extinction devant son éternité et trouve une véritable consolation et un répit pour l’esprit, en se tenant debout, dans un état de pleine servitude, face à Sa grandeur.

L’observation de la prière du ‘Asr qui dénote tout cela, permet à quiconque se définit comme un vrai homme, de savoir dans quelle mesure elle constitue une fonction suprême, un service approprié, à quel point elle est une observation pertinente non seulement pour la dette naturelle, mais aussi pour la réalisation d’un bonheur considérable.


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S’agissant du moment du Maghreb, il suggère la disparition des créatures minces, douces et belles des deux mondes (de l'été et de l'automne), relativement à leur triste prise de congé, au début de l'hiver. Il rappelle aussi le moment où l’homme entre dans la tombe, suite à son décès, et partant, à sa douloureuse séparation de tous ceux qu’il aimait, celui du départ des habitants de ce monde vers d'autres mondes, après la disparition de celui-ci et le tremblement qui en aura marqué l’agonie, et celui de l’extinction de la lumière de cette demeure à épreuves. Le moment du Maghreb est, donc, un moment qui éveille, résolument, ceux qui aiment les choses tant aimées à un degré de servitude, qui pourtant disparaitront.

L'esprit humain est un miroir qui aspire, par sa nature originelle, à une beauté éternelle. et qui se dirige vers la prière du Maghreb, à un tel moment, fait face au trône de la grandeur d’Allah l’Eternel, l’auteur de ces grandes choses, celui qui régit et fait évoluer ces grands mondes, et dit : اَللَّهُ أَكْبَرُ ''Allah est très grand'' , au-dessus de ces contingences. Ensuite, se lavant totalement les mains de telles contingences, il se place les paumes l’une sur l’autre, prêt à observer la prière, au service du Seigneur. Il se tient debout devant lui, le loue et fait son éloge disant : اَلْحَمْدُ لِلَّهِ ''Louange à Allah'' pour sa perfection qui ne souffre d’aucune faille, sa beauté incomparable, et sa miséricorde infinie. Il sollicite son assistance et lui offre sa servitude en disant : إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِين  ''C’est toi seul que nous adorons et c’est toi seul dont nous implorons le secours.'' [1] devant sa seigneurie sans partenaire, sa divinité sans associé et son autorité sans Vizir. Par la suite, il s'agenouille devant Sa grandeur sans fin, ses capacités sans bornes et sa gloire dénuée d’incapacité, manifestant sa faiblesse, son impuissance, sa pauvreté et son humilité, et en même temps que tous les êtres, en disant : سُبْحَانَ رَبِّيَ العَظِيمِ ''Gloire à mon Seigneur sublime''.


[1]La sourate Al Fatiha, verset 5




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De même, il se prosterne devant la beauté de Son essence qui ne saurait disparaitre, les attributs de sa sainteté qui ne sauraient changer et la perfection de son éternité qui ne saurait varier. Il proclame son amour  et sa servitude, en s’écartant de quoi que ce soit d’autre, avec admiration et extinction en Allah. Ce faisant, il le trouve être une beauté permanente, et un clément éternel au lieu des contingences. Il sanctifie son Seigneur Très Haut exempt de disparition, de défauts et d’imperfections, en disant : سُبْحَانَ رَبِّيَ الأَعْلَى ''Gloire à mon Seigneur le Très Haut ''.

Ensuite, il s’assoit pour le Tachaoud [1], dédiant les salutations bénies de toutes les créatures, mettant aussi leurs prières de bonnes œuvres à son nom,   et à son compte du Beau qui a toujours existé et de l’Illustre qui continuera d’exister. Il se montre obéissant envers ses ordres en prononçant le salut sur son Messager le plus noble (paix et salut sur lui) et en renouvelant l’acte d’allégeance. Attestant de l’unicité du Créateur majestueux, en observant cette sage régularité du palais de l'univers, et cela, afin d’éclairer et de renouveler sa foi. Il atteste de la véracité de la mission de Mohammed, l’Arabe, (paix et salut sur lui), qui est chargé d’appeler au sultanat divin, de communiquer les satisfactions du Tout Puissant, et d'interpréter les versets du livre de l’univers.


[1] Le tachaoud se récite à la fin de la deuxième et de la quatrième rakaat de la prière, avant de prononcer le salut. Par exemple, à la fin de deuxième rakaat:

At-tahiyyatoulillahi az-zakiyatoulillah at-tayyibâtou-s-salawatoulillah, as-salâmou ‘alayka ayyouhâ-nna-biyyou, wa rahmatou-llahi wa barakatouh, as-salamou ‘alaynâ wa ‘ala ‘ibâdi-llahi-s-sâlihîn, Ach-hadou an lâ ilaha illâ-llah, wa ach-hadou anna Mohammadan ‘abdouhou wa rasoulouhou


« Les salutations sont pour Allah, ainsi que les prières et les bonnes œuvres. Que la paix soit sur le prophète ainsi que la miséricorde d’Allah et Sa bénédiction. Que la paix soit sur nous et sur les pieux serviteurs d’Allah. J’atteste qu’il n’y a pas de divinité autre qu’Allah, et j’atteste que Mouhamed est Son serviteur et Son messager. »


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Regarde à quel point l’observation de la prière du Maghreb qui comporte toutes les significations citées ci-dessus, constitue une fonction agréable et propre, un service précieux et délicieux, une servitude agréable et belle, une réalité extrêmement sérieuse, une conversation éternelle et un bonheur durable, en cette demeure terrestre d’hospitalité passagère. A ce niveau comment l’homme peut-il être homme, s’il n’appréhende, ni ne ressent une telle réalité !

En ce qui concerne le moment du ‘Icha, il s’agit là d’un moment où disparaissent les restes du jour à l'horizon et où le monde de la nuit recouvre l'univers. C'est un moment qui rappelle les actions seigneuriales du Tout-Puissant Majestueux اللَّيْلِ وَ النَّهَار مُقَلِّبَ ''celui qui fait alterner la nuit et le jour'', en transformant cette page blanche (qu’est le jour) en page noire (qu’est la nuit). Il rappelle les démarches divines menées par le Sage détenteur de la perfection مُسَخَّرُ الشَمْسِ وَ الْقَمَرِ ''sous l’ordre de qui fonctionnent le soleil et la lune'', en faisant passer la page de l’été embelli et verdoyant à celle de l’hiver froid et blanc, de la même manière qu’il suggère les affaires divines relevant du Créateur de la mort et de la vie, et qui consistent dans le fait, qu’avec le temps, le reste des traces des occupants des tombes, passera complètement dans un autre monde de par leur rupture d’avec ce monde terrestre.


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Le moment du ‘Icha est aussi un moment qui nous inspire et nous rappelle les actes de majesté et les manifestations de la beauté du Créateur de la terre et des cieux, dans le dévoilement du grand et éternel monde de l’au-delà, après la grande agonie symptomatique de la mort de ce bas monde à la fois étroit, périssable et méprisable, ainsi que de sa destruction totale. Il s’agit là d’une situation qui confirme que le véritable propriétaire et administrateur de cet univers, le véritable être qu’on y adore et aime, n’est autre qu’Allah, le détenteur de la capacité absolue, Celui qui fait alterner la nuit et le jour, l'hiver et l'été, le monde d’ici-bas et celui de l’au-delà, d’une manière aussi facile que lorsqu’il s’agit de tourner les pages d’un livre, d’y porter et d’en effacer des écritures, de les modifier et de les transformer, d’en disposer complètement.

L'esprit humain qui est dans un état d’impuissance et de faiblesse sans fin, de pauvreté et de nécessité illimitées, qui plonge dans des ténèbres sans bornes, dans le futur, s’agite et fluctue dans des événements sans fin, un tel esprit, lorsqu’il observe la prière du ‘Icha, dans ce sens, au moment même du ‘Icha, dira, à l’instar d’Abraham (paix sur lui) : لَا أُحِبُّ الْآفِلِينَ « Je n’aime pas les choses qui disparaissent.[1] »9

 Il se réfugie, par la prière, dans la sphère d’un Adoré qui a toujours existé et d’un Bien Aimé qui existera toujours, communique secrètement, avec l’Eternel, en ce monde et cette vie périssables, ce monde obscur et cet avenir ténébreux. Il voit et sollicite les faveurs et la lumière de la guidance d’Allah, le Tout Clément et le Tout Miséricordieux qui diffuse la lumière dans son monde, à travers une petite portion d'un compagnonnage éternel et quelques minutes d’une vie éternelle, éclaire son avenir, panse ses blessures résultant de sa séparation de ceux qu’il aimait, de la disparition de toutes les créatures.


[1]Sourate : les bestiaux, verset 76



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Il  oublie aussi, provisoirement, ce monde qui l’a déjà oublié et quitté. Ainsi, il étale, le cœur en larmes, ses soucis et sa tristesse, devant la sphère de la clémence.

En prévision de toute éventualité, il remplit la fonction finale de sa servitude, avant le sommeil qui ressemble à la mort. Alors, il se lève pour observer la prière et clore le livret de ses œuvres quotidiennes, de manière convenable, c'est-à-dire debout, face à l’Eternel qu’il adore et qu’il aime, au lieu de tous ceux qu’il chérit et qui sont appelés à disparaitre, devant un Puissant et un Généreux, au lieu de tous les impuissants dont il sollicite les faveurs en mendiant, devant un Protecteur Clément le débarrassant des actes de méchanceté de toutes les créatures nuisibles, face auxquelles il tremblote. Cette prière, il la  commence par la Fatiha, c'est-à-dire par louer et faire l’éloge du Seigneur des Mondes qui est absolument parfait et absolument riche, au lieu d'éloges et de gratitudes, inutiles et inappropriés, qu’il dédie à de pauvres et déficientes créatures.

Ensuite, il récite le verset إِيَّاكَ نَعْبُدُ ''C’est toi seul que nous adorons''[1]  qui signifie que nonobstant sa petitesse, les limites de son existence et sa solitude, il bénéficie du statut d’un hôte de marque et d’un agent important dans l’ordre de cet univers, en s’en remettant au Maitre du jour de la résurrection qui est l’autorité éternelle à qui il se présente avec des actes de culte et des demandes d’assistance concernant la plus grande communauté de l'univers entier et de son assemblée suprême, en disant : إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِين  ''C’est toi seul que nous adorons et c’est toi seul dont nous implorons le secours.'' [2] Ensuite, il demande à être guidé sur le chemin de la droiture qui est son chemin de lumière, un chemin qui s'étend au bonheur éternel à travers l'obscurité du futur, et cela en disant : اِهْدِنَا الصِّرَاطَ الْمُسْتَقِيمَ ''Guide-nous dans le droit chemin.[3]''


[1]

[2]La sourate Al Fatiha, verset 5

[3] Sourate Al Fatiha, verset 6



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Ensuite, il opère une génuflexion disant : اَللَّهُ أَكْبَرُ ''Allah est très grand'' en pensant à la grandeur de la majesté divine aux ordres de laquelle sont soumis, comme des soldats, toutes les plantes et tous les animaux dans leur sommeil, tous les soleils cachés et les étoiles actuellement vigilantes qui sont des lampes au service d’Allah dans cette demeure d’hospitalité qu’est le monde.

Par la suite, il pense à la grande prosternation, chaque année et à tous les âges, de l’ensemble des créatures, c'est-à-dire aux types de créatures, y compris la terre et la vie terrestre, qui, à l’instar des créatures qui dorment cette nuit même, se prosternent, comme le feraient non seulement une armée organisée, mais aussi un soldat totalement obéissant, et cela en disant: اَللَّهُ أَكْبَرُ ''Allah est très grand'', face au tapis du couchant, au moment de la disparition, lorsque ces créatures sont libérées sur l’ordre كُن فَيَكُونُ « Soit, et c’est » [1] de leur fonction de servitude terrestre, c'est-à-dire lorsqu’elles auront été envoyées au monde de l'invisible. Il en est de même lorsque certaines d’entre elles sont ressuscitées et rassemblées, les unes sous la forme qu’elles avaient, et les autres, une autre fois, sous une forme similaire à la leur, au printemps, à l’aide d’un cri d'animation et d’éveil émanant du commandement كُن فَيَكُونُ « Soit, et c’est » [2].  Sur ce, elles se lèvent, prêtes à servir le Seigneur.

[1]Sourate Ya-Sin, verset 82

[2]Sourate Ya-Sin, verset 82



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De cette même manière, ce petit homme démuni, faible et pauvre dit : اَللَّهُ أَكْبَرُ ''Allah est très grand'' par imitation, dans la sphère du Tout Clément détenteur de la perfection et du Tout Miséricordieux détenteur de la beauté, avec un amour rempli d’admiration, une extinction en Allah « Fanâ » remplie d’actes acquis à jamais, et une humilité pleine de gloire.

Ame, à présent, tu as sans doute compris, à quel point il est bon et joli d’observer la prière du ‘Icha qui est une sorte d’ascension « Mi'raj » à quel point un tel acte de dévotion est agréable et sublime, précieux et délicieux, à quel point il constitue une fonction, un service, une servitude et une réalité très importante, raisonnable et appropriée.

En conséquence, étant donné que chacun de ces cinq moments de prière correspond à des signes de changements importants, de grands actes divins et de faveurs divines globales, le fait de réserver auxdits moments, les prières obligatoires que l’on conçoit comme une dette ,et une responsabilité, relève de la sagesse même.

سُبْحَانَكَ لَا عِلْمَ لَنَا إِلَّا مَا عَلَّمْتَنَا إِنَّكَ أَنتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ

اللَّهُمَّ صَلِّ وَسَلِّمْ عَلَى مَنْ أَرْسَلْتَهُ مُعَلِّمًا لِعِبَادِكَ لِيُعَلِّمَهُمْ كَيْفِيَّةَ مَعْرِفَتِكَ وَالْعُبُودِيَّةَ لَكَ وَمُعَرِّفًا لِكُنُوزِ أَسْمَائِكَ، وَتُرْجُمَانًا لآيَاتِ كِتَابِ كَائِنَاتِكَ وَمِرْآةً بِعُبُودِيَّتِهِ لِجَمَالِ رُبُوبِيَّتِكَ، وَعَلَى آلِهِ وَصَحْبِهِ أَجْمَعِينَ، وَارْحَمْنَا وَارْحَمِ المُؤْمِنِينَ وَالمُؤْمِنَاتِ..

آمِينَ، بِرَحْمَتِكَ يَا أَرْحَمَ الرَّاحِمِينَ.

Gloire à toi ! Nous n’avons de savoir que ce que tu nous as appris. Certes, c’est toi l’Omniscient, le Sage. »

 

Seigneur, accorde tes bénédictions et ta paix à celui que tu as envoyé auprès de tes serviteurs, pour qu’il leur apprenne à te connaitre et à connaitre les modalités de leur servitude à ton égard, pour qu’il leur fasse connaitre les trésors que recèlent tes noms, leur commente les versets de ton livre, celui dont tu as fait, de par sa servitude, le miroir de ta beauté. Associe à cela sa famille et l’ensemble de ses compagnons. Aie pitié de nous et aussi des croyants, hommes et femmes. Amen. Par ta clémence, Ô toi le plus clément des cléments.