Première parole

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Première parole

[Bismillah]

 بِسْــــــــــــــــــمِ الله "au nom d’Allah ", est le début de tout bien, et c’est par cette même parole que nous aussi, nous allons commencer. Sache, toi mon âme, que cette parole bénie n’est pas seulement l'insigne de l'Islam ; elle est aussi l'évocation que récitent toutes les créatures, chacune selon ses prédispositions[1].

 

L'allégorie du voyageur affilié et du voyageur non affilié dans le désert

Si tu veux comprendre ce qui fait de la parole بِسْــــــــــــــــــمِ الله "au nom d’Allah ", une force énorme et inépuisable, ainsi qu’une bénédiction infinie, considère ce court récit symbolique et suis-en les péripéties !


[1] (Lisān al-ḥāl) Tous les êtres de l'univers ont un langage qui leur est propre - c'est le lisān al-āl, ou «langage de l'État». Tout comme une communication significative avec des êtres humains dépend de l’apprentissage de la langue qu’ils parlent, il en est de même de notre apprentissage de la langue de l’univers, qui est une condition préalable à notre compréhension de sa «parole». L'univers est un livre écrit par la plume de la puissance d'Allah, qui décrit ses noms et ses attributs sacrés. La lecture de ce livre nous permet d’acquérir une connaissance ou une «gnose d’Allah» [ma'rifat Allah], comme dans, par exemple, la forme particulière de chaque être parlant, dans la langue de son état, du nom al-Mussawwir, « Celui qui fasconne », et dans la vie de toutes les créatures' parlant du nom al-Muhyī, « Celui qui donne la vie ».

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Tout homme qui se balade, dans les déserts habités par les Bédouins, doit s’affilier à un chef de tribu et se placer sous sa protection, pour échapper à la méchanceté des coupeurs de route et parvenir à satisfaire ses besoins, sinon, il reste seul et malheureux, face à ses ennemis et ses besoins sans limite.

Dans un tel contexte, deux hommes voyageaient dans le désert, l'un modeste et l'autre arrogant. L’homme modeste s’affilia à un maître quelconque. Quant à l’arrogant, il ne s’affilia à aucun chef. Celui qui s’était affilié à un chef circulait en tout lieu et en toute sécurité, disant à tout coupeur de route qui l’abordait : « Je circule au nom et avec la permission du Maitre, tel !», et automatiquement, le misérable s'éloignait, incapable de lui nuire. – le misérable l'abandonnait, incapable de lui nuire.- Toutes les fois qu’il accédait à une tente, il y suscitait le respect, grâce au nom du chef qu’il déclinait.

Quant à l’arrogant, il s’exposa, au cours de ses déplacements, à des malheurs indicibles. Toujours tremblant de peur et pratiquant la mendicité, il en était venu à devenir vil et méprisable.

Alors, toi âme arrogante, c’est toi, ce promeneur, et ce bas monde symbolise le désert ! Il n’y a pas de limites à ton impuissance[1] et à ta pauvreté[2]. Tes ennemis[3] et tes besoins y sont innombrables.


[1]عجز al-adjaj) Impuissance - vis-à-vis de son Créateur, l’homme est totalement impuissant et ne peut réaliser aucun de ses objectifs sans le pouvoir et la permission de son Seigneur. L’incapacité totale de l’homme à créer est évoquée dans le verset coranique :   « alors que c'est Allah qui vous a créés, vous et ce que vous fabriquez?» (Coran 37:96).

[2] (al-faqr) Pauvreté - l'état de ne pas posséder ce dont on a besoin, l'Imam fait référence à la pauvreté existentielle et ontologique de l'homme. Il est dans un état de besoin total et absolu d'Allah et il ne peut pas, par sa propre force, réaliser ou acquérir rien de ce dont il a besoin pour ce monde d’ici-bas ou pour l’au-delà. On y fait allusion dans le verset coranique - Dis: «O Allah, Maître de l'autorité absolue. Tu donnes l'autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l'autorité à qui Tu veux » (Coran 3: 26).

[3] (Al-aduww) Ennemi - le mot ennemi désigne ici toutes les tribulations envoyées par Allah à ses serviteurs

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Puisqu’il en est ainsi, affilie-toi à l’éternel Maitre, à l’administrateur sempiternel de ce désert, afin de ne plus avoir à mendier devant les créatures, et d’avoir la psychose d’un quelconque accident.

Oui ! Cette parole est, sans doute, un trésor béni, grâce auquel ton impuissance et ta pauvreté sans limites te connecteront à une puissance et à une clémence sans fin, et ainsi ton impuissance et ta pauvreté deviennent pour toı des intercesseurs[1] agréés, devant la porte d’Allah, le Puissant, le Clément.

Oui ! Celui qui agit avec cette parole est comme quelqu’un qui s’engage dans l’armée, s’active au nom de l’Etat, et de ce fait, n’a peur de qui que ce soit. En effet, il parle au nom de l’Etat et de la loi, exécute tous les travaux et résiste à tout.

Nous avons dit, au début, que toutes les créatures disaient, selon leur cas spécifique, بسم الله "au nom d’Allah " n’est-ce pas ? Si !

[Ce n'est qu'en agissant au nom d'Allah que les êtres de la nature sont capables d’effectuer leurs fonctions]

Si tu voyais une seule personne venir conduire par la force tous les habitants de la ville, vers un endroit quelconque, les réquisitionnant pour des travaux, tu saurais pertinemment, qu’un tel homme ne s’active, ni en son nom propre, ni par propre force, mais qu’il est plutôt un soldat qui s’active au nom de l’Etat et s’appuie sur la force du sultan.

[1] (al-shafī ‘) Intercesseur. Une chose ou une personne dans laquelle Allah manifeste la capacité d’intervenir les péchés humains afin qu’ils soient pardonnés, un peu comme la manière dont la lumière du soleil se reflète dans un miroir. Il existe un consensus dans la tradition islamique selon lequel le prophète Muhammad, bénédiction et paix soient sur lui, sera l'intercesseur de tous les croyants le jour du jugement.

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De la même manière, tout s’active au nom d’Allah, même les noyaux et les spores qui, aussi minuscules que l’atome, supportent d’énormes arbres et soulèvent des poids de l’ordre des montagnes. En conséquence, chaque arbre dit بسم الله "au nom d’Allah " et remplit ses branches de fruits provenant du trésor de la clémence, des fruits qu’il nous offre, comme s’il était un vendeur les exposant au marché.

Chaque verger dit بسم الله "au nom d’Allah " et devient une des marmites de la cuisine de la capacité divine où l’on prépare, abondamment, en les combinant, plusieurs mets délicieux.

Tous les animaux bénis, tels que les vaches, les chameaux, les moutons et les chèvres disent بسم الله "au nom d’Allah " et deviennent une source de lait émanant de l’exubérance de la clémence divine, nous offrant au nom du Pourvoyeur[1], la nourriture la plus agréable et la plus propre, telle que l’eau de la vie.

Les racines des plantes, des arbres et des herbes ainsi que leurs tiges aussi fines et souples que de la soie disent بسم الله "au nom d’Allah ", perforant les rochers et le sol sec qu’ils traversent disant : بسم الله "au nom d’Allah " et بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ "au nom du Clément " de sorte que tout leur soit soumis.

[1] (Ar-Razzāq) Le Pourvoyeur - un nom d'Allah. Celui qui a créé le moyen de subsistance ainsi que les créatures pour lesquelles il fournit, et a créé un moyen par lequel ils pourraient en profiter..

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Oui ! La propagation des racines dans les rochers durs et le sol sec, avec une facilité absolue, et le fait qu’elles donnent des fruits sous terre, de la même manière que les branches se propagent dans l'air où elles portent des fruits, le fait que les feuilles vertes, souples et minces restent humides sous la chaleur intense qui les brûle pendant des mois ! Tout cela donne aux naturalistes une forte claque au visage, leur mettant le doigt aux yeux – puissent-ils être aveugles – (parce qu'ıls ne voıent pas la vérité) disant : Même la solidité et la chaleur sur lesquelles vous comptez, ne s’activent que sur ordre. En effet, ces tiges aussi minces et souples que de la soie transpercent les rochers, à l’instar du bâton de Moïse (Paix sur lui), par réaction à l’ordre exprimé en ces termes : اِضْرِبْ بِعَصَاكَ الحَجَرَ « Frappe le rocher de ton bâton ! [1] » Les feuilles aussi tendres et mines qu’un papier de cigarette, récitent, à l’instar des membres d’Abraham (paix sur lui), au regard de la chaleur le verset : يَا نَارُ كُونِي بَرْدًا وَ سَلَامًا « Feu ! Sois pour Abraham une fraîcheur salutaire ! [2] »

Du fait que toute chose prononce بسم الله "au nom d’Allah ", symboliquement, elle attire les faveurs d’Allah et nous les offre, au nom d’Allah. Aussi, nous faut-t-il dire بسم الله "au nom d’Allah ", donner au nom d’Allah et prendre au nom d’Allah. De même, nous ne devons recevoir quoi que ce soit de gens négligents[3] qui ne donnent pas au nom d’Allah


[1]Sourate la vache, verset 60.

[2]Sourate : les Prophètes, verset 69.

[3] (al-ghāfil) négligeant - quelqu'un qui suit les désirs de son âme incitatrice au mal, devenant de ce fait insouciante des réalités spirituelles.

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Question : Nous offrons un prix à ceux que l’on peut comparer aux exposants les marchandises. Alors, quel prix demande Allah, le véritable Détenteur des biens ?

Réponse : Le prix que nous demande de payer ce véritable Bienfaiteur, en contrepartie de telles bienfaisances et de tels biens précieux, s’analyse en trois aspects :

Premièrement : l’évocation[1]

Deuxièmement : la gratitude

Troisièmement : la pensée[2]

Lorsqu’on commence بسم الله "Au nom d’Allah " est une évocation, et lorsqu’on termine الحمد لله "Louange à Allah " est un remerciement. Au cours des choses, le fait de réaliser que ces précieuses et magnifiques bienfaisances relèvent du miracle[3] de la capacité d’Allah, l'Unique[4], As-Samad (Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons.) et constituent des cadeaux découlant de sa Clémence, réaliser tout cela se ramène à la pensée.


[1] (Al-dhikr) évoquer Allah/ se rappeler d'Allah - acte de dévotion consistant à évoquer, silencieusement ou à voix haute, les noms d'Allah lors de la contemplation de Ses créatures et de Ses actions, ainsi que de Ses attributs et de leurs effets.

[2] (At-Tafakkur) Méditation - L'intellect réfléchit sur les significations inhérentes dans des choses afin d'arriver à la connaissance de leurs vraies réalités. Le but de méditer sur la création d’Allah est de nous conduire à la connaissance d’Allah.

[3] (al-mu'jiza) Miracle - un miracle est un événement qu'Allah crée entre les mains d'un de ses messagers qui «enfreint les normes», c'est-à-dire qui met l'homme dans un état d'étonnement en dépassant ses hypothèses sur les limites de la réalité normative.

[4] (al-Ahad) L’Unique- Allah, Celui qui est en Son être absolument Un, et qui n’est pas, en aucun cas, un composé. C'est ainsi, explique Imam Nursi, qu'Allah manifeste ses noms et attributs dans toute sa création. (Voir la quatrième parole de la deuxième station dans le vingtième Ecrit.)

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De même, le fait de baiser les pieds d'une personne pauvre venue t’apporter un cadeau précieux, venant d’un sultan tout en ignorant celui-ci, relève de la sottise même. Ainsi, la louange et l'amour que l’on manifeste à l’endroit des bienfaiteurs apparents, tout en oubliant le Bienfaiteur Authentique, dénotent, en eux-mêmes, mille fois plus de sottise.

Alors, âme, si tu ne veux pas être aussi sotte,

Donne au nom d’Allah !

Prends au nom d’Allah !

Commence au nom d’Allah !

Travaille au nom d’Allah !

والسلام

(Bref !)