Troisième parole

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Troisième parole

[Comparaison entre l'obéissance à la loi divine et l'obéissance au caprice de l’âme incitatrice au mal]

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمنِ الرَّحِيمِ﴿ يَٰا أَيُّهَا النَّاسُ اعبُدُواْ رَبَّكُم... [1]

Si tu veux comprendre ce qui fait du culte[2] un commerce et un grand bonheur, ce qui fait de la débauche[3] et de la frivolité une perte et un péril grave, considère ce court récit symbolique et suis-en les péripéties.

[L'allégorie des deux routes - la route de la loi divine et la route du caprice de l’âme incitatrice au mal]

Deux soldats s’étaient, un jour, rencontrés, tous les deux ayant reçu l’ordre d’aller dans une ville lointaine.

[1]O hommes! Adorez votre Seigneur ( Qur'an: al-Baqarah, 2:21)

[2] (al-ibādah) le culte – littéralement. Un serviteur agissant contre le caprice de son soi par amour de son Seigneur. Cela inclut tout acte accompli par obéissance ou par amour d’Allah. Mais il est le plus souvent utilisé pour désigner des actes particulièrement dévotionnels tels que la prière et l’évocation d’Allah. Dans les signes de miracle inimitable, Imam Nursi définit le culte comme «obéir aux commandements d’Allah et éviter Ses interdiction».

[3] (al-fisq) débauche - Le non-respect flagrant des obligations religieuses du croyant et son engagement dans des actes interdits par la Loi sacrée. Toujours dans les signes de miracle inimitable, (Isharāt al-Ijaaz), Imām Nursī explique que le fisq (perversité) est le fait de s’égarer et de dévier du droit chemin, et outrepasser ses propres limites. Sa source est le mauvais usage de l'intellect, de la haine et des désirs de l’âme.

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Aussi voyagèrent-ils ensemble, jusqu’à un carrefour où il y avait un homme qui leur adressa la parole en ces termes : « Ce chemin situé à droite ne comporte aucun mal. En plus, neuf sur dix des gens qui l’empruntent trouvent un profit et un repos considérables. Ce chemin situé à gauche porte préjudice à neuf sur dix des gens qui l’empruntent, outre le fait que ceux-ci n’y réalisent aucun profit. Tous les deux chemins sont égaux en longueur. La seule chose qui les différencie, c’est que celui qui emprunte le chemin de gauche où il n’y a ni règlementation ni gouvernement, marche sans sac, et sans armes, ressentant une légèreté apparente et un faux repos. Pour ce qui est de celui qui emprunte le chemin de droite et qui est soumis au régime militaire, il lui revient de porter un sac dont le poids est égal à quatre onces[1], contenant des variétés des extraits de nourriture, et aussi une arme pointue qu’il tient du gouvernement pesant deux onces et qui est capable de vaincre et de soumettre n’importe quel ennemi. 

 

[Les soldats choisissent quelle route ils veulent emprunter]

Après que les deux soldats eussent entendu les propos d’un tel expert, le soldat heureux, emprunta le chemin de droite, portant sur son épaule et son dos, une charge dont le poids équivalait à quelques kilogrammes, toutefois, son cœur et son esprit se préservaient du port  d’un poids de milliers d'endettement et d’appréhensions.


[1] Une mesure de poids dont la réalité varie d’un pays à l’autre. 

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Quant au soldat malheureux, il quitta l’armée, refusant de se conformer au régime militaire et alla vers la gauche. Son corps se débarrassa d’un poids équivalant à quelques kilogrammes. Cependant, son cœur, affaibli et pulvérisé, ployait sous un poids équivalant à des milliers de livres d'endettement. Son esprit était sous l’effet d’appréhensions sans limites. Il fit son chemin, tendant la main à quiconque et tremblant au vu de toute chose et de tout accident, au point d’atteindre sa destination. Là, il reçut la punition réservée aux pécheurs et aux fugitifs.

Pour ce qui est du soldat préférant le régime militaire, conservant son sac et son arme, empruntant le chemin de droite, il se sentait soulagé et la conscience tranquille, sans avoir à bénéficier des faveurs d’autrui et sans craindre personne, ainsi de suite jusqu’à son arrivée à la ville où il allait. Là, il reçut la récompense réservée au soldat noble qui remplit ses fonctions de la manière la plus efficace.

 

[Le sens de l'allégorie]

Ô âme rebelle ! Sache que de ces deux hommes, l’un représente ceux qui obéissent à la loi divine, et l’autre les désobéissants livrés à leurs passions.

Pour ce qui est du chemin en question dans le récit, il s’agit du chemin de la vie qui, partant du monde des esprits[1], transite par la tombe et aboutit à l'au-delà.

S’agissant de ce sac et de cette arme, ils se ramènent au culte et à la crainte d'Allah[2]. En fait, le culte, même s’il comporte un poids apparent, dénote dans son essence, un repos et une légèreté indescriptible.


[1] (‘Ālam al-arwāḥ) Le monde des esprits - un type de monde invisible. C'est le monde dans lequel Allah a demandé aux esprits humains, avant qu'ils ne soient placés dans ce monde d’ici-bas, « …Ne suis-je pas votre Seigneur? » (Coran 7: 172), inculquant ainsi aux êtres humains une reconnaissance innée de Sa Seigneurie sur eux.

[2] (At-taqwā) Souvent traduit en français par "crainte d’Allah" - l’arabe signifie littéralement "se garder" ou "se protéger" - s'abstenir de tout péché et se soumettre à la Loi sacrée.

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[La bonne croyance amène l'adorateur à trouver une voie vers Allah dans toute chose]

En effet, l’adorateur dit dans sa prière[1] :  اَشْهَدُ اَنْ لاَ اِلهَ اِلاَّ اللهُ [2], c'est-à-dire « il n’y a de Créateur, ni de Pourvoyeur que Lui. Le préjudice et le profit sont bien entre ses mains. Il est le Sage qui ne saurait agir en vain, le Miséricordieux à la bienfaisance et la clémence étendues. »

Le fait que l’homme soit convaincu de cela l’amène à trouver, en toute chose, la porte vers le coffre de la clémence, et alors y frappe par le biais de l’invocation. Un tel homme voit aussi que toute chose obéit à l’ordre de son Seigneur ; alors, il se réfugie auprès de ce Seigneur, se préserve de tout malheur en s’appuyant sur lui, et en comptant sur lui : sa foi lui procure une sécurité absolue.

[Vraie foi et courage; égarement et lâcheté]

Oui ! La source du courage, c’est la foi et la servitude, comme dans toutes les véritables bonnes actions, sous toutes leurs composantes. A l’opposé, la source de la lâcheté est l’égarement, comme l’on peut s’en rendre compte, dans la totalité des mauvaises actions.


[1] (As-salāh) « La prière » dans l'Islam est un cycle rythmé de posture, d'inclinaison, de prosternation et d'assise, accompagnée d'invocations et de récitations du Coran. La forme particulière de la prière a été transmise au prophète (psl) par l'ange Gabriel. Bien que l'on puisse faire des prières surérogatoires presque à tout moment, les prières obligatoires ont des heures précises dans la journée.

[2](la ilāha illa Allah) Littéralement, "il n'y a de divinité qu'Allah", c'est l'expression la plus fondamentale de l'islam, qui constitue à la fois la formule par laquelle on entre en Islam et la plus communément utilisée et la plus puissante utilisée dans l’évocation d’Allah. Sa signification implicite est «il n'y a de divinité qu’Allah». Imam Nursi cite un hadith du prophète (psl) qui dit: « c'est la phrase la plus vertueuse et la plus précieuse que moi et les prophètes avant moi ayons dite. (Le deuxième Rayon)

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Oui, si le globe terrestre était devenu une bombe et explosait, elle ne ferait probablement pas peur à un adorateur d’Allah au cœur pleinement illuminé, qui, au contraire, observerait par-là « la capacité transcendante divine[1]» avec une brillante admiration, alors qu’un certain philosophe célèbre dont on dit qu’il avait l’esprit illuminé, mais qui possédait un caractère pervers et un cœur insensible, se mettait à trembler en voyant, à partir de la terre, une étoile filante qui l’amena à se livrer à la conjecture et à s’interroger en ces termes, « Bon sang ! Cette étoile errante, ne va-t-elle pas entrer en collision avec notre globe terrestre ? » (En vérité, l'Amérique a tremblé en un moment donné pour telle étoile, et beaucoup d'Américains ont quitté leur maison dans la nuit).

 

[Les besoins de l’homme sont illimités, alors que son capital et son pouvoir sont limités - seule la vraie foi et la véritable servitude peuvent combler le fossé qui les sépare]

Oui, bien que l’homme ait besoin d’une infinité de choses, son capital se ramène au néant. Bien qu'il soit exposé à des malheurs sans fin, le cercle de sa puissance se ramène aussi au néant. Le cercle de son capital et de sa puissance se mesure à l’aune de ce qui lui tombe sous la main, tandis que celui de ses espoirs, de ses désirs et de ses malheurs, est aussi vaste que ce que peuvent appréhender son regard et son imagination.

Ainsi, quiconque n’est pas totalement atteint de cécité oculaire et intellectuelle, s’apercevra et se rendra compte que le culte, la confiance en Allah, le monothéisme et la résignation, offrent plus de profit, de bonheur et de faveurs à l’esprit humain  si nécessiteuse, vulnérable, faible et pauvre.

                       

[La fin du chemin de la servitude et la fin du chemin de la débauche]


[1] La transcendance (As Samadaniyya) renvoie à (As Samad) c’est à dire celui qui subsiste par lui-même et dont tous les aures ont besoin

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On sait que la voie sûre est meilleure que celle du risque, même si la probabilité des dommages correspond, dans cette voie, au ratio un sur dix, outre le fait que la voie de la servitude[1], qui nous intéresse ici, ne comporte aucun préjudice, puisque le trésor de bonheur éternel qui s’y trouve, correspond au ratio neuf sur dix.

 Quant au chemin de l'immoralité et de la sottise, il ne comporte aucune utilité, et cela, le pervers lui-même le reconnait. Dans un tel chemin, l’existence du péril que pourrait constituer le malheur éternel,   y existe dans un ratio neuf sur dix, si l’on se fonde sur le degré d’unanimité et de récurrence des témoignages émanant d’innombrables spécialistes[2]et gens d’observation[3], et aussi un droit et une vérité selon l’information des gens  de dégustation spirituelle[4] et de dévoilement.[5]

Conclusion : Le bonheur dans ce bas monde réside dans le culte, tout autant que le fait d’être un soldat pour Allah, comme l’on peut s’en rendre compte avec le bonheur de l'au-delà. Aussi, devons-nous toujours répéter :

الْحَمْدُ لِلَّهِ عَلَى الطَّاعَةِ والتَّوْفِيقِ “

(Louange à Allah qui nous voue à l’obéissance et à la réussite !)

Nous devons toujours remercier Allah d’avoir fait de nous des musulmans.


[1] (Al-‘ubūdiyyah) la servitude- l’état ontologiquement inéluctable d’être un serviteur d’Allah, ainsi que les actions d’obéissance et de soumission du croyant découlant de la reconnaissance de cet état.

[2] Les scientifiques de la rélifion et les gens du rappel

[3] (ahl al-mushāhadah) Les gens d’observation sont des êtres humains aussi saints qui observent spirituellement l’existence d’Allah l’Exalté dans toute chose.

[4] (ahl al-dhawq) Les gens  de dégustation spirituelle - littéralement «les personnes ayant un goût spirituel» - c’est-à-dire celles qui ont «goûté» à la grâce et à l’extase de la réalité spirituelle.

[5]Concept soufique signifiant le fait de prendre connaisance des choses cachées ainsi que de leurs réalités